Etymologie de Walili, Volubilis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 Walili, Volubilis…deux toponymes pour une cité.

 

Walili

Walili est le nom  de cette ville en langue tamazight, c’est-à-dire berbère. Lili, c’est laurier rose, et alili, avec l’article arabe, le laurier rose. Mais on a ici la forme Walili, avec la semi-consonne W; de même on dit Wazzan, au lieu de Azzan, et une nouvelle commune de la préfecture de Meknès s’appelle Wislan et non Islan. D'après l'Encyclopédie Berbère de Salem Chaker ce W ajouté devant la voyelle initiale est la marque d'un génitif, d'une annexion de nom. Walili=(la ville de) Alili, Wislan=(la ville de) Islan, comme W'Ali=(le fils d') Ali.

On comprend très bien pourquoi Volubilis s’appelle Walili en marocain, car  on peut  constater qu’il y a une profusion de lauriers roses sur les bords de la rivière qui traverse la cité, l’oued Khouman. Rappelons que le  laurier rose est originaire d’Afrique du Nord !

Mais alili, c’est aussi la fleur du liseron, et on peut  toujours trouver  quelques pieds de liserons nains sur le site, malgré la fréquentation de milliers de touristes.

 Une remarque pour terminer: lorsque  Juba II a été sacré roi de Mauritanie et marié en 19 av.J.C.à Cléopâtre Séléné, fille de Marc Antoine et Cléopâtre, cette capitale a pris le nom de Ksar Faraoun…et n’est devenue Walili qu’après l’installation de Moulay Idriss en 789.

                                                                 

Volubilis                                                                                                                                                                      

 Walili…mais pour l’Unesco, l’Office du Tourisme, et les étrangers, on parle de Volubilis, et pour pas mal de personnes ce terme « d’origine latine évoque la plante grimpante qui peut atteindre cinq à six mètres de haut », ce qui est une erreur grossière. Il y a bien l’adjectif volubilis en latin, signifiant qui tourne, et le nom convolvulus, qui tourne autour, pour désigner le liseron, mais le substantif volubilis n’existe pas. Ce vocable a été créé par les botanistes pour désigner le liseron des haies vers 1500 et attribué à l’ipomée ornementale, originaire d’Amérique du Sud, en 1872.

Si les Romains sont venus s’installer dans ce lieu à l’intérieur des terres, ce n’est certainement pas pour des raisons stratégiques, mais parce qu’ils ont vu l’opportunité d’un développement économique pour cette cité déjà très ancienne. Les archéologues ont en effet découvert des meules de moulins à huile datant du néolithique…et les oliviers sont toujours là.

L’examen d’une carte indiquant les toponymes d’Afrique du Nord dans la haute Antiquité permet de découvrir Buruberri à l’emplacement de Volubilis (Information partagée dans Le Maroc Antique. Préhistoire, par Bobunivers Populus).

Les archéologues y ont également trouvé des pièces de monnaie phénicienne, ce qui prouve la présence des maîtres de la Méditerranée Occidentale ; mais bien avant de créer leur monnaie à la fin du cinquième siècle avant J.-C., ceux-ci  procédaient par troc depuis le deuxième millénaire et  connaissaient fort bien cette cité.

Buruberri vient de buru, prononcé bourou et de berri.

Pour l‘étymologie du mot bourg, dans le Dictionnaire Historique de la Langue Française Le Robert, on peut lire : « du latin burgus emprunté au grec purgos, lui-même d’origine incertaine…peut-être macédonienne, ou selon d’autres étymologistes emprunté à une langue indoeuropéenne d’Asie Mineure ». Buru semble bien vouloir dire ensemble d’habitations, c’est-à-dire bourg, ou ville.

Quant à berri, on le retrouve dans les anciennes  villes appelées Illiberris, futures Auch, Oloron, Elne, au nord des Pyrénées ; en Navarre Lumbier et en Andalousie Grenade, encore appelée Elvire avant l’arrivée des Arabes.(Cf. Le Concile d'Elvire en 305.) Cet adjectif signifie nouveau et  il existe encore en basque, par exemple dans etcheberri, maison neuve.

Buruberri, c’était donc ville nouvelle, Villeneuve.

Ce nom Buruberri, largement diffusé par les Phéniciens, était évidemment prononcé à la phénicienne, c’est-à-dire avec l’accent tonique sur la dernière syllabe.

 Le passage de Buruberri  à Volubili  est causé par un phénomène  appelé dissimilation ; phénomène qui s’est peut-être  produit en plusieurs étapes au cours des siècles, à un rythme et dans un ordre inconnus ; mais qu’est-ce donc qu’une dissimilation ?

Un phénomène très important en phonologie que Grammont nous explique en détails : 

« La dissimilation est une action produite par un phonème sur un autre phonème qui figure dans le même mot, et avec lequel il n’est pas en contact. Pour qu’elle puisse se produire il faut que  ces deux phonèmes aient un ou plusieurs éléments articulatoires communs. Le phénomène consiste en ce que l’un des deux phonèmes fait perdre à l’autre un ou plusieurs des éléments articulatoires qu’ils possèdent en commun. Il le rend par là plus différent de lui-même, d’où le nom de dissimilation ».

« Les phonèmes avaient été préparés tous deux intégralement dans le cerveau ; mais l’attention des organes phonateurs a été attirée par le plus fort des deux ; ils se sont appliqués à l’émettre en son intégrité et à soigner tout particulièrement les éléments de son articulation qui le caractérisent. L’attention ainsi concentrée sur un point est forcément plus ou moins négligée sur un autre, et les organes omettent, sans s’en apercevoir, les éléments spécifiques du phonème le plus faible, précisément parce qu’ils sont appliqués à les soigner dans le plus fort. Un phonème est plus fort qu’un autre soit  mécaniquement soit psychiquement ».

Dans  Buruberri  le deuxième B est plus fort que le premier car il est placé plus en avant dans le mot, c’est-à-dire plus près de la fin, l’attention se portant en avant dans le mot : pour l’articulation du premier B le locuteur oublie de bien fermer les lèvres et au lieu de l’occlusive, on a la spirante correspondante V.

Même explication pour le deuxième U, le son entendu en français dans ou, qui est plus fort que le premier U : le point d’articulation est légèrement déplacé et on entend un O fermé.

Par suite de cette dissimilation psychique on a donc Voruberri.

Mais la même dissimilation régressive  va encore jouer pour les deux voyelles aux articulations très proches  é et i : le i est plus fort que le é car il est dans la syllabe accentuée en phénicien et l’effet mécanique joue son  rôle. On est donc passé à Vorubirri, et quand on sait qu’un R et un L sont interchangeables dans de très nombreuses langues on peut enfin  arriver à Volubili ! (Voir Annexe des Sordon)

En résuméVolubili n’a pas une origine latine, et quand les Romains ont voulu employer ce toponyme singulier au nominatif, la finale i leur a posé un problème, car en latin, un i final pour un nominatif correspond à un pluriel de la deuxième déclinaison. Ils ont donc ajouté un s final et Volubilis,  considéré dès lors comme un nominatif singulier de la troisième déclinaison, est entré dans leur langue.

Autre modification non visible à l’écrit, l’accent tonique, qui portait sur la dernière syllabe en phénicien, porte en latin sur l’antépénultième lu.

Si le toponyme  Buruberri n’est pas romain, il n’est pas non plus phénicien car, pour Villeneuve, on aurait eu Karthadasht ; ni berbère non plus, puisqu’on dit Walili !

Buruberri a donc été créée par une population étrangère qui a pu s’installer dans la région au XIIe siècle avant J.-C., les SRDN, ou Sordolibyci, originaires de Lydie, en Asie Mineure… comme le terme buru ! (Voir Origine des Sordon.)

                                     

 

 

 

 

 

 

 

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