Sochi ou Sotchi? Ni l'un ni l'autre! Par André Sordes

 

 

 

                                                            Sochi ou Sotchi ? Ni l’un, ni l’autre !

   Le nom russe de cette ville est automatiquement estropié quand on veut l’écrire ou le prononcer en français, car la consonne située devant le i n’existe pas dans notre langue. Cette lettre de l’alphabet cyrillique représente une affriquée, c’est-à-dire un phonème complexe, mais unique, impossible à rendre en français sans un sérieux apprentissage.

   Si nous écrivons Sotchi en français en croyant imiter la prononciation russe, nous articulons d’abord, à tort, un t français, très net puisque dental, et ensuite un ch bien chuintant, car on projette les lèvres. On prononce donc deux phonèmes d’une façon typiquement française, alors qu’il n’y en a qu’un seul en russe, et avec des éléments qui diffèrent du français.

   On est alors bien loin de la prononciation russe de ce toponyme !

 

   Et si nous écrivons Sochi  il ne faut pas oublier la mise en place muette d’un t palatal, sa tenue muette…avant d’entendre une explosion … sous forme d'une ébauche de  ʃ  , seul son audible, devant le i !

 

   Par contre pas de difficultés particulières pour de  nombreux Anglais et Espagnols qui utilisent  eux-mêmes  cette affriquée : anglais cheese, et espagnol chico par exemple. Nous n’ajoutons pas un t à ces mots en écrivant, quand il nous arrive de les emprunter, mais est-ce que notre prononciation reflète l’affriquée ?

   Pour plus de détails on peut consulter « Vicissitudes d’une affriquée ».

   Remarques :

1-Certains internautes soutiennent que ce toponyme russe doit se prononcer Sotchi, avec un t, puisque l‘Académie Française a adopté cette graphie. Mais ce n’est pas forcément une preuve d’authenticité car chaque langue utilise une base d’articulation particulière, et parfois même des phonèmes spéciaux, et quand un mot étranger est adopté, la plupart du temps, sa prononciation d’origine est modifiée par la langue d’emprunt, de même que son orthographe. Voir par exemple le toponyme London, prononcé  ’lʌn/dn par les Londoniens, avec une deuxième syllabe sans voyelle. Cette deuxième syllabe est totalement incompréhensible pour un Français, qui utilise la forme… Londres !!!      

 

 2-  Pour  bien montrer que les affriquées, comme ц et Ч  par exemple,  sont des phonèmes uniques, l’alphabet phonétique international  utilise désormais les signes    t͡s   et    t͡ʃ   , avec un tirant suscrit couvrant les deux signes.  

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Commentaires (1)

1. Dufoux 09/05/2014

Très précieuse, et introuvable ailleurs, origine de Londres via le n syllabique (cf cotton -kotn, Eton - i:tn...). La revue l''Intermédiaire des Chercheurs et Curieux a justement posé la question "Francisation ou pas des noms de ville étrangères". Cornique, gaélique, breton ajoutent aussi le r. Et normand, mais influençant la forme Londres ou influencé par elle ? Quand (quel siècle ?) apparaît la forme Londres dans un texte français ? Il faut être angliciste comme nous pour prononcer ce n (ou l) syllabique.
Votre confrère linguiste aussi, bien cordialement

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