Sfarad par André Sordes

 

                       

 

                  

                                                                               Sfarad         ספַרַד  

  

 

  Isaphanîm, Ισπανια , Hispania, España, Spain,…diverses traductions du même nom utilisées par tout le monde depuis de très nombreux siècles pour désigner le pays que nous appelons Espagne en français. Par tout le monde ?...Eh bien non ! Car, pour une certaine communauté religieuse, ce pays s’appelle Sfarad…et cette communauté, c’est celle des Juifs qui s’y sont installés, vraisemblablement aux alentours du VIe siècle avant l’ère chrétienne, sans doute à la suite de la destruction du temple de Salomon par Nabuchonosor II en -587 et de la déportation vers Babylone d’une grande partie des citoyens de Jérusalem. De là le nom de ספַרַדִי , Sfaraddi, ou de ספַרַדִימ , Sfaradîm au pluriel, Séfarades, pour les membres de  cette branche de la diaspora, nom qui s’est  également appliqué plus tard aux Juifs autochtones d’Afrique du Nord,  ou qui s’y étaient implantés au cours des siècles. Il y avait en effet des populations de confession juive dans cette région bien avant l’invasion arabe.

  Pour l’origine du mot Sfarad  les avis divergent.

  Dans Wikipédia on fait le rapprochement avec l’arabe safar, signifiant voyage (penser à safari), et rappelant «  le perpétuel exil du Juif errant et la nécessité de fuir sans cesse les persécutions »!  Mais ce terme pourrait alors s’appliquer également  à l’autre branche de la diaspora, les Ashkénazes, dont le voyage depuis la terre d’Israël a connu des péripéties semblables. De  plus le d de la racine sfrd n’apparaît pas dans safar.

 Mais on y envisage aussi une solution différente :

 « Une autre origine possible voudrait que le mot sfarad soit l’anagramme du mot pardes, avec une permutation du p et du s aboutissant à la racine trilitère (sic) spard, d’où sepharad, terme désignant ceux qui étudient le sod, littéralement la Kabbale. » Certes, le f bilabial de sfard, ou ph, correspond effectivement au p hébreu, mais l’origine est présentée comme possible, l’auteur n’a aucune certitude. (Dans le même ordre d’idée, pourquoi alors ne pas penser simplement à סֵפֵר, sepher, ou sefer,  livre,  comme origine…ceux qui étudient Le Livre, la Bible ?)  Or l’étude des textes sacrés n’est pas réservée exclusivement aux Séfarades ; les Ashkénazes ne s’y intéressent-ils pas également ?

  Les deux solutions envisagées ci-dessus nous paraissent donc erronées, d’autant qu’elles tentent de démontrer que les Safarim ont donné leur nom à l’Espagne, Sfarad,…alors que c’est le contraire ! ( C'est comme si le patronyme  צַרפַתי , Sarfati, (le) Français,  avait donné le nom de pays  צַרפַת , Tsarfat, France!)

   D’autre part, si l’on consulte le site Sefarad. Org- D’où venons-nous ?  Joseph D. Alhadeff fait allusion à l’abbé Chaud qui pense aux Hespérides, mais l’abbé cite à tort Hérodote et Alhadeff ne présente aucun élément de preuve…D’ailleurs, jusqu’à ce jour,  les Hespérides restent du domaine de la mythologie !

   Alhadeff cite même le Dr. Milosz pour qui «  les Juifs Sépharades ne sont pas venus d’Orient en Espagne, mais au contraire, ce seraient des Ibériens qui, quelques milliers d’années avant l’ère chrétienne, auraient mis le cap vers l’Est pour venir débarquer sur les côtes phéniciennes. » Nous n’apprenons toujours pas l’origine du mot Sfarad, mais cette hypothèse, qui va à l’encontre de ce qui est admis de façon universelle, est vraiment extraordinaire : pour le Dr. Milosz les Ashkénazes seraient donc des anciens Séfarades !!!

   D’autres enfin précisent que Sfarad correspond à Sfard, c’est-à-dire Sardes, la capitale  de la Lydie, pays d’Asie Mineure, mais à notre connaissance sans en donner des preuves. Comme M.Elmaleh, ancien professeur des écoles de l'Alliance, qui pense, lui, que des Juifs originaires de Sardes ont émigré dans la Péninsule Ibérique, et en tant qu'anciens habitants de Sardes, ou Sfaradîm, ont appelé le nouveau  pays d'accueil Sfarad ! (Mais pour celà, il faudrait déjà admettre que ces Sfaradîm ont formé une véritable vague d'immigration dans la Pénisule Ibérique. Y en a-t-il une preuve? Et l'éventuelle colonie juive de Sardes était-elle importante à ce point? Y en a-t-il une preuve?

  Cf. la remarque n°2 du texte Remarques sur l'Etymologie de Ruscino.

  Ce terme figure dans la Bible, au chapitre I, verset 20, du Livre du prophète Abdias, ou Obadia : « Et les exilés de cette légion d’enfants d’Israël, répandus depuis Canaan jusqu’à Carefat, et les exilés de Jérusalem, répandus dans Sefarad, possèderont les villes du Midi ». On peut donc en déduire que Sefarad, ou Sfarad, désigne une ville ou un pays éloigné de Jérusalem, puisque les enfants d’Israël y sont exilés, mais on ignore sa situation géographique. Dans la Bible, s’agit-il de la capitale de la Lydie…ou de l’Espagne ? Impossible d’en savoir plus à l’aide du contexte… et le mot Sfarad est un hapax, c’est-à-dire qu’il n’est attesté   qu’une seule fois.

 A cette lointaine époque la Péninsule Ibérique était occupée par  une mosaïque de peuples autochtones  disparates, et divers envahisseurs, Kineti, Phéniciens, Tartessiens et Sardones, attirés entre autres par les richesses minières du pays, en or et en argent, étaient venus s’ajouter aux tribus indigènes un millier d'années avant l'ère chrétienne.

 Si les arrivants juifs ont appelé ce pays ספרד, Sfard, c’est, à notre avis, qu’ils se sont installés dans une région, ou dans des régions, où était déjà implantée une importante population originaire de la région de Sardes, capitale de la Lydie.

  Or les Kineti, présents au sud de l’Espagne, étaient des Berbères venant de Libye, c’est-à-dire l’Afrique du Nord à l’époque.

   Les Phéniciens, et leurs descendants Puniques, ont toujours rappelé qu’ils étaient des Cananéens, et cela même du temps de Saint Augustin, né en 354 et mort en 430 ! Et ils ne se sont vraiment installés en nombre au sud de l’Ebre qu’entre la première et la deuxième guerre punique, à partir de 238 avant notre ère.

    Quant aux Tartessiens, même si les linguistes relèvent certaines similitudes de leur langue avec celle des Etrusques, cousins des Lydiens, leur origine reste encore mystérieuse…et, du reste, ils disparaissent pratiquement de l’Histoire au VIe siècle ! 

   Par contre les Sardones, eux, venaient bien  de Lydie, comme nous l’avons vu dans Origine des Sordon du Roussillon… et,  au chapitre Les Sardan passent en Espagne, on peut constater qu’ils ont occupé de vastes territoires dans ce pays : dans l'extrême sud-est notamment,  où la Méditerranée s'appelait Mare Sardum, Mer Sardienne, à cet endroit, et au nord des Pyrénées où le Golfe du Lion était connu sous le nom de Σαρδονιον Πελαγος , la Mer Sardonienne. Quant aux villes, on peut citer Sarduba*(Salduba) à l'embouchure du fleuve Salduba, futur Rio Verde, à l'emplacement de  l"actuelle Marbella;  Sarduba* (Salduba), nommée ensuite Hibera Julia Augusta Dortosa, à l’embouchure de l’Ebre ;  Sarduba* (Salduba), détruite au premier siècle avant notre ère et reconstruite en -27 sous le nom de Caesar Augusta…Zaragusta pour les Arabes…Zaragoza Sorduba*, Solduba, Soldube, puis Soldeu en Andorre, auxquelles il faut ajouter Sordus, près du pays basque, et Ruskino, leur capitale à partir du VIe siècle avant notre ère.  

  Quand les citoyens de Jérusalem fraîchement débarqués ont constaté qu’un grand nombre des personnes qu’ils rencontraient  se présentaient comme étant des Sardan, ou Sordon, et disaient que leurs lointains ancêtres étaient originaires de la région de Sardes, ils se sont exclamés : ספרד, Sfard !!!...( La graphie SFARD est attestée au IVe siècle av. J.-C. à Sardes, donc le f était prononcé à l'époque au Moyen-Orient)...et, pour eux, ce nouveau pays, c’est devenu Sfarad avec l'apparition d'un a épenthétique entre r et d. Dès lors  attachés à ce territoire, ils sont donc devenus des Sfaradîm, des Séfarades, en conservant tout de même leurs croyances religieuses et leurs coutumes.

  Virgile a la même réaction dans l’Enéide, quand il surnomme la Toscane Lydia, sous prétexte que les Etrusques sont originaires de Lydie ! 

  L’hébreu   ספַרַד , Sfarad, pour la Péninsule Ibérique, a donc pour origine la présence d’une importante population originaire de Sardes, les Srdn…alors que depuis fort longtemps le phénicien  הֵשַׂפַנִימ , hésaphanîm*, isaphanîmEspagne, avait pour origine la présence…d'une multitude de lapins de garenne !

                          

  N.B. Le lecteur intrigué par la présence du dans Sfard, alors qu’il n’existe ni dans le phénicien  סרדנ , Srdn, pour des Sordon,  ni dans le grec Σαρδις , pour la ville de Sardes, est invité à  consulter l’article Variations du vocable Shardana pour en trouver l’explication(La graphie SFARD, attestée en lydien au IVe siècle avant l'ère chrétienne, correspond à la forme SHARD(ANA) employée bien plus tôt en égyptien, au XIVe et au XIIIe.)

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