Détails et Vestiges

Détails et Vestiges par André Sordes

 

Ces détails,  à propos des Shardanes et de leurs descendants, ont été volontairement omis dans les sujets déjà développés pour éviter d’alourdir la rédaction, ou  de gêner une argumentation.


Les guerriers.


                   Nous savons, d’après  les Egyptiens, que les Shardanes avaient un tempérament particulièrement belliqueux. (Voir le texte Origine des Sordon). Tantôt pirates invétérés, tantôt mercenaires à la solde de Rib-Abdi à Gebal en Syrie, au XIVe siècle av. J.C., ils prennent ensuite une part très active aux attaques contre l’Egypte au sein des Peuples de la Mer, aux XIIIe et XIIe siècles.

                   Ceux que les historiens appellent Peuples de la Mer sont désignés par les Egyptiens sous le nom de Timihou, c’est-à-dire Peuples du Nord, et Raymond Weill en dresse la liste :

Les Louka, Lyciens, originaires du sud de l’Asie Mineure.

Les Shakalasha, Sicules, venant de la région du Méandre, en Asie Mineure.

Les Shardana,également appelés plus tard Toursha et Lydiens, autour de Sardes

Les Peleset, Poulasti, ou Philistins, venant de Crète.

Les Zakkarou, qui vivaient dans les iles du sud de la mer Egée.

Les Daaniouna, Dananéens, en fait des Grecs.

Les Akaïouasha, Achéens, Grecs  également.

                    Si les Poulasti sont souvent mentionnés dans l’Histoire à cause de leurs combats acharnés contre les Hébreux, chez les Egyptiens ils ne sont cités que dans les documents de Rhamsès III. Repoussés par ce pharaon, ils s’installent sur la côte palestinienne en -1175.

                  Les deux grandes vagues d’invasion des Peuples de la Mer sont refoulées par les Egyptiens, mais compte tenu des extraordinaires qualités guerrières des Shardanes, les pharaons recrutent certains prisonniers comme mercenaires : Rhamsès II est aidé par des mercenaires Shardanes à la bataille de Qadesh, et Rhamsès III en  compte 1900 dans son armée.

                   L’armement d’un Shardane, prévu pour combattre  au corps-à-corps, comprend: une épée en bronze assez longue et à double tranchant, ainsi qu’un poignard. Le combattant utilise quelquefois des javelines, mais pas d’arc. Pour sa protection,  il a un bouclier rond et un casque qui couvre bien la nuque et qui est garni de deux cornes formant croissant. Quant aux mercenaires du pharaon, ils gardent toujours tout leur équipement d’origine,  et pour les Shardanes on ajoute simplement  un disque, ou une boule, au sommet du casque, entre les cornes, boule qui rappelle le disque solaire très fréquent dans l’art égyptien.

 

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                                      Attaque navale des Peuples de la Mer


  Le navire, semblable à un navire phénicien avec la proue et la poupe figurant une tête et un col de cygne, est occupé par des Shardanes aux casques munis de cornes. Au premier plan, à gauche,   un autre membre de la confédération, un guerrier Peleset reconnaissable grâce à sa coiffe.

 

2jkhlkjl.jpgDessin tiré d’un bas-relief représentant un des Shardana auxiliaires dans l’armée égyptienne. (Costume enrichi et symétrie à l’Egyptienne.) Grande épée et bouclier rond, casque avec deux cornes, mais surmonté d’une boule. Exécuté par Chabas dans Etude sur l’Antiquité Historique-Chalons- sur- Marne 1872 in 8o B.N. G 2  11  36 et repris par mon homonyme René Sordes.

 

                        

 

                   Bien plus tard, à propos de l ‘armée de Crésus, roi des Lydiens, qui s’oppose au Perse Cyrus, au VI e siècle av. J.C., Hérodote écrit au Livre I, chapitre LXXIX : «  Il n’y avait pas alors en Asie de nation plus vaillante et plus belliqueuse ; ils combattaient à cheval, portaient de longues javelines et étaient excellents cavaliers.


   Les peuplements.

 

                     Le tempérament belliqueux des Shardanes leur a certainement facilité l’implantation dans d’autres régions,  après les échecs contre l’Egypte.

                     Une grande partie de la population Shardane, sous la conduite de Tyrrhène, désormais des Tyrrhéniens, ou Etrusques, s’établit au nord de l’Italie et va se développer au point d’installer des rois étrusques à Rome : Tarquin l’Ancien,  de  616 à 578, Servius Tullius, de  578 à 534, et Tarquin le Superbe, de  534 à 509. A ce propos, des recherches effectuées par des généticiens confirment que les Etrusques sont bien venus d’Asie Mineure.

                      D’autres Shardanes s’installent en Libye, puis en Sardaigne, ou en Espagne et jusqu’au nord des Pyrénées. Et certains auteurs, comme Orsu Ghjuvanni Caporossi et Roger Grojean, pensent qu’ils occupent également  le sud de la Corse : ils voient en eux les Torréens à l’origine des Tours et des Castelli construits pour se protéger des insulaires. Les statues-menhirs armées de Corse rappellent effectivement les guerriers Shardanes représentés sur les bas-reliefs de Medinet-Habou en Egypte, mais il semble que la sculpture de ces statues soit antérieure à l’éventuelle arrivée des Shardanes au XIIe siècle.

                       Malgré toutes ces dispersions il reste encore une importante population Shardane dans le pays d’origine, qui prend le nom de Lydie, à l’avènement du roi Lydus. Ce peuple se développe au point d’occuper plus de la moitié de l’Asie Mineure au VIe siècle, époque où il connaît son apogée avec le roi Crésus. Ephèse, Milet, Halicarnasse, toutes les cités de la côte égéenne reconnaissent la suprématie de Crésus, mais celui-ci est pourtant battu par le Perse Cyrus le Grand en -546. La cause étonnante de cette défaite nous est donnée par Hérodote au Livre I, chapitre LXXX. Les deux armées s’affrontent devant Sardes, et comme Cyrus constate le caractère redoutable de la cavalerie lydienne, il utilise un stratagème : il débâte toutes les chamelles qui transportaient les vivres et les bagages de son armée, les fait monter par des hommes équipés en cavaliers et passer en première ligne. Or, dès que les chevaux lydiens voient approcher ces animaux dont ils ont horreur ils font volte face, les Lydiens sautent à terre pour combattre à pied… mais en vain, il y a un grand carnage et la bataille est  perdue. La Lydie va  passer sous la domination perse !



Les vestiges


En Lydie


                            Hérodote, qui est né vers -483, à Halicarnasse, en Carie, juste au sud de  la Lydie, a consacré de nombreux textes à l’histoire de ce pays.

                            D’après lui, la Lydie, lieu de passage entre l’Europe et l’Asie, était devenue un pays riche, et on doit aux Lydiens l’invention des auberges et des hôtels. Quant à l’utilisation de la monnaie, c’est le roi Alyatte (-610-561), le père de Crésus, qui en a été l’initiateur. L’or était arraché au mont Tmolos, qui surplombe Sardes, par la rivière Pactole. On faisait tremper des toisons de moutons dans le lit du cours d’eau et les précieuses paillettes s’accrochaient aux fibres de la laine ! Pour certains historiens l’invention de la monnaie remonterait même au roi Gygès (-685-644).


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            Pièce de monnaie  de Crésus représentant un lion et un taureau. (Recto et verso.)


                                           Autre trouvaille faite par les Shardanes, mais bien plus ancienne, puisqu’elle remonte à l’époque de la grande famine : pour lutter contre ce fléau le roi Attys avait demandé à son peuple de jeuner un  jour sur deux, et le jour d’abstinence d’inventer des jeux pour tromper la faim ; d’après Hérodote le jeu de dés et les osselets datent de cette époque !

                               Quant à la musique, elle avait une grande place dans la vie des Shardanes, et même à la guerre, toujours d’après Hérodote, les troupes du roi Ardys, le fils de Gyges, marchaient au son des chalumeaux, des cithares et      

des flutes, flutes masculines, avec peu de trous,  donc au son grave, et féminines, avec de nombreux trous, donc au son plus clair et plus aigu. Dans le texte à propos de l’origine de la sardane nous avons évoqué les emprunts grecs à la musique lydienne et l’importance de la danse pour ce peuple. Et Cyrus le Grand en est  bien conscient, puisque, après sa victoire sur Crésus, il décrète que «  les Lydiens doivent cesser de s’entrainer aux arts de la guerre pour privilégier le chant et la danse ! »

                                En l’an 17 de notre ère, l’Asie Mineure subit un terrible tremblement de terre et la ville de Sardes est totalement détruite. Reconstruite par Tibère (-42, +37) et embellie par Hadrien (+76,+138), elle est entièrement saccagée par Tamerlan en 1402, d’où la difficulté de trouver beaucoup de traces matérielles des Lydiens !

                              Auguste Choisy (1841,1909), historien de l’architecture, écrit dans Note sur les Tombeaux Lydiens de Sardes : « Le long des rives du lac situé près de Sardes, se dressent une série de buttes dont quelques unes sont colossales. Les Turcs les appellent les Mille Tertres (Bin Tepe) : on dirait,  à les voir de Sardes, un groupe de collines rapprochées les unes des autres par un jeu de perspective ; de près, elles se présentent par files régulières qui suivent à perte de vue les ondulations du terrain. L’ordre qui préside à leur distribution, la parfaite régularité de leurs formes, tout prouve jusqu’à l’évidence que ces buttes furent élevées de main d’homme : aussi les voyageurs modernes s’accordent à reconnaître en elles les tombeaux mentionnés par Strabon….Les tombeaux de Sardes se rapportent à un type pratiquement uniforme.  La chambre sépulcrale, située sous la butte conique, est construite en pierre de  taille et mesure 3,5 mètres sur 2, avec un plafond composé de grandes dalles à 2 mètres de hauteur,  et le corps est déposé sur un lit de pierre sculpté. » Il précise que ces monuments funèbres sont antérieurs au VIe siècle avant Jésus-Christ et souligne leur analogie de style avec ceux des Etrusques. (Un élément de plus pour prouver qu’Etrusques et Lydiens descendent de la même souche, les Shardanes !)

 

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Nécropole étrusque de Cerveteri, dans les environs de Rome, contenant 2000 tombes  dont certaines datent du IXe siècle av. J.C.

 

                               Mais le tombeau le plus extraordinaire, c’est celui d’Alyatte II, mentionné par Hérodote au Livre I, chapitre XCIII : «  La Lydie n’a pas,  comme d’autres contrées, d’objets merveilleux que l’on puisse décrire, sauf les paillettes d’or détachées du Tmolos. On y voit toutefois le plus grand des travaux humains, après ceux d’Egypte et de Babylone. C’est le tombeau d’Alyatte, le père de Crésus. Sa base est construite en pierres énormes, le reste est un amas de terre. » Elevé en forme de cône, il avait en effet  une circonférence de 1115 mètres et une hauteur de 53 mètres,  et Charles Mac-Farlane nous en parle au chapitre XV de son ouvrage La Turquie- 1828 : « Il est debout comme un souverain au milieu d’une foule d’autres dont l’élévation est moins grande, et fait face à Sardes, la capitale déserte de celui qui dort dans son sein du sommeil de la mort, depuis un si grand nombre de siècles. Les éboulements de terre ont caché sa base, qui est construite de pierres, à ce que l’on dit ; et tout ce que je pus faire fut d’en apercevoir quelques traces en faisant le tour de cette masse immense. »

                                Autre monument encore plus célèbre, financé par Crésus vers -560, le Temple d’Artémis à Ephèse, une des sept merveilles du monde antique ! En -356 il est hélas incendié volontairement par un nommé Erostrate : cet individu voulait simplement se faire connaître par cet acte !!!

                                 Artémis étant la déesse tutélaire de Sardes,  il y a également un temple qui lui était  consacré dans cette ville. Certains historiens pensent qu’il est dû à Crésus, d’autres qu’il est postérieur à ce roi. Détruit par les Grecs  en -498, il est reconstruit par Alexandre le Grand.

                                  Les fouilles organisées dans les ruines de Sardes ont mis à jour des céramiques indigènes et des céramiques indigènes d’inspiration grecque, des bijoux, et diverses  pièces de monnaies en or, ou  en électrum, c’est-à-dire un alliage d’or et d’argent, mais le véritable trésor c’est la plaque de marbre, trouvée en 1916, qui porte une inscription rédigée en araméen et en lydien, et datée  du IVe siècle av. J.-C., unique document bilingue qui a permis aux linguistes d’avoir un aperçu du système linguistique lydien de cette époque ! Voir le  texte Variations du Vocable Shardana.

 

En Toscane 


                                L’immigration tyrrhénienne dans le nord de l’Italie est une immigration de masse, puisqu’elle correspond en principe à la moitié du peuple méonien d’Asie Mineure. Cela explique qu’elle ait pu ensuite s’étendre jusqu’à Rome et même y installer trois rois  étrusques :

Tarquin l’Ancien 616-578, qui construit le temple de Jupiter sur le Capitole, le Grand Egout et le Grand Cirque.

Servius Tullius 578-534, gendre de Tarquin l’Ancien, qui établit une organisation politique et militaire à Rome et entoure la ville d’une puissante enceinte.

Tarquin le Superbe 534-509, fils de Tarquin  l’Ancien, qui  termine le Temple de Jupiter et le Grand Egout. Mais le peuple se révolte contre ce cruel tyran et abolit la royauté.

                                 La civilisation étrusque va durer jusqu’au premier siècle av. J.-C., moment où les Etrusques sont assimilés comme citoyens romains, et nous connaissons  l’importance de cette civilisation  grâce aux très nombreux objets trouvés dans les monuments funéraires : poteries, bijoux, inscriptions sur divers supports, fresques, sculptures, nous renseignent sur la vie quotidienne  menée à cette lointaine époque.

                                  Dans l’ensemble,  les tombeaux sont du même type que ceux de Sardes, avec le soubassement en pierres de taille, la chambre sépulcrale surmontée d’un tumulus et la banquette de pierre pour y déposer le corps du défunt. Mais en Etrurie les parois intérieures de la chambre sont souvent crépies et lissées pour permettre d’y présenter des fresques et diverses peintures,  et certains tombeaux sont parfois regroupés pour abriter des sépultures familiales. Le rite funéraire étrusque était d’abord l’inhumation, comme au départ d’Asie Mineure, et  puis on a  opté pour la crémation : après les banquettes de pierres on a donc les urnes et les sarcophages avec bas-reliefs.

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           Sarcophage des Epoux, en terre cuite, conservé au Musée Etrusque à Rome.

 

 

                                      Il y aurait 10000 inscriptions connues en étrusque, trouvées dans des urnes et alors très brèves car elles n’indiquent souvent que le nom du défunt,  ou gravées sur des objets divers, et la plus ancienne, la stèle de Vetulonia remonte au VIIe siècle av. J.-C.  A noter que  la toponymie garde fidèlement le souvenir des Etrusques en Toscane…et même Rome viendrait de l’étrusque Ruma. Quant à l’alphabet étrusque, il est utilisé jusqu’au IIe siècle av. J.-C. où il est remplacé par l’alphabet latin.

                                       La numération étrusque, basée sur un système décimal, remonte à -650, et a évidemment inspiré les Romains. On a ainsi I=I=1 ;  L=V=5 ;  X=X=10 ; ­=L=50 ;  C=C=100. Quant au nom des chiffres, les six premiers figurent sur les faces de dés à jouer,  dés déjà utilisés dans leur ancienne patrie d’Asie Mineure pour jouer pendant la terrible famine ! qu = un ;  zal = deux ;  ci=3 ; huq=4 ; mac=5 ; sa=6 ???... Mais tous  les spécialistes ne sont pas d’accord pour les lire dans cet ordre !!!

                                        A propos de l’émigration massive décidée par le roi Attys, Hérodote écrit simplement au Livre I, chapitre XCIV : « Ils se rendirent à Smyrne, construisirent des vaisseaux, y mirent tout ce que requiert une longue navigation, et voguèrent à la recherche d’une terre qui pût les nourrir. » Il ne donne aucune précision sur la localisation des populations concernées par ce voyage, mais si l’embarquement a eu lieu à Smyrne, le plus vraisemblable c’est qu’il s’est agi des sujets d’Attys qui habitaient près de la côte d’Asie Mineure ou dans les îles de la mer Egée. Des Grecs, dont Thucydide,  -460 -395 av. J.-C., au Livre IV, chapitre CIV, mentionnent des Tyrrhéniens, ou Tyrséniens, établis anciennement en mer Egée et principalement dans l’île de Lemnos, et pour Strabon, au premier siècle, Tyrrhène aurait bien recruté dans cette île une partie des compagnons qui le suivirent en Italie, Livre V.2.4. Evidemment ces gens n’ont été nommés Tyrrhéniens que du jour où ils ont suivi Tyrrhène, mais  le fait est qu’en 1885 on a découvert dans cette île une stèle funéraire datable de VIe siècle av. J.-C., ainsi que des vases, avec des inscriptions rédigées en une langue qui est, pour de nombreux spécialistes, de l’étrusque !

                                            Rappelons que certains Tyrrhéniens ont d’abord tenté l’aventure égyptienne à côté d’autres Shardanes,  puisqu’ils sont mentionnés comme Tursha à propos des attaques des Peuples de la Mer.

 

 

 Ailleurs


                                    Nous savons que Sardinia,  la Sardaigne,  doit son nom à un contingent de Sardan venus de Libye et dirigés par Sardus Pater (Voir Origine des Sordon du Roussillon.)

 

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 Ruines du temple dédié à Sardus Pater, à Antas en Sardaigne. Construit vers -500, il a été réédifié au IIIe siècle. Pour les Carthaginois Sardus Pater c’est Sid Addir Babai, c’est-à-dire Père Grand Chef, ou Père Grand Seigneur. (Addir signifie grand en phénicien, le toponyme Rusaddir, c’est Grand-Cap, l’ancêtre de Mélilla au Maroc.) A noter, d’autre part, qu’en sarde, babbài veut dire papa, ou monsieur !

 

                                            Le nom Sardinia a lui-même donné le substantif latin  sardina, poisson de Sardaigne, puis, d’après le dictionnaire étymologique Le Robert, le provençal sardina v.1080, mais en français on dit sordine au milieu du XIIe siècle ; encore l’hésitation entre un A fermé et un O ouvert ! Ce  mot ne prend chez nous la forme sardine que v.1380, pour éviter sans doute la confusion avec le mot sourdine emprunté à l’italien sordina. A noter que si l’espagnol et le catalan disent sardina, l’italien dit sardella.

 

              

                             Quant aux Sardan, ou Sordon,  arrivés au nord des Pyrénées, (voir Origine des Sordon du Roussillon), si la Sardaigne garde le souvenir de leurs ancêtres,  les cités créées au cours de leur périple, les Sardae, ou Saldae,  en Afrique du Nord, les Sarduba, ou Salduba, en Espagne,  ont disparu de la toponymie après de nombreux siècles. Il ne reste plus que Sort en Catalogne, Soldeu en Andorre, et Sorde(s) dans les Landes, même si certains, comme J. Calmette et P. Vidal,  voient également dans Opoul, une évolution  d’Oppidum Sordonia.

 

 

Ruscino

                                    C’est surtout à Ruscino qu’on peut trouver des témoins de la présence des Sordes aux abords des Pyrénées,  et l’ouvrage monumental de Rémy Marichal et Isabelle Bélé, Les Origines de Ruscino-Du Néolithique au Premier Age de Fer, nous donne le détail de toutes les fouilles effectuées sur le site et la liste, avec photos,  des  divers objets découverts : amphores, urnes funéraires, vaisselle, et bijoux. Nous apprenons ainsi que les fouilles ont commencé dès le 19e siècle et que Georges Claustres a trouvé en 1949 un squelette datable du VIIe siècle av. J.-C., ainsi que divers objets en bronze ; et en 1950 il a mis à jour, à deux mètres de profondeur, des trous de piliers de cabane, pratiqués au VIIe siècle av. J.-C. ! Il y avait bien sûr un habitat dispersé sur le plateau de Ruscino avant  le perchement du sixième siècle, acte de naissance de la capitale ! Et le livre de Rémy Marichal et Isabelle Rébé signale la présence de tombes à incinération datées du IXe siècle avant notre ère !

                                    Le 6 juillet 2002 un très bel article de L’Indépendant, rédigé par Isabelle Cabanas, nous apprend que les archéologues de l’équipe de Rémy Marichal ont mis à jour une petite tombe contenant le corps d’un bébé,  inhumé dans l’abside d’une cabane dégagée et étudiée depuis deux ans. Précisions de Monsieur Marichal : «  Les jeunes enfants n’avaient pas droit à la nécropole, car ils n’avaient pas de statut social. Celui-ci, bien qu’enterré là où se  déroulait la vie quotidienne des siens, semble avoir bénéficié d’un statut particulier dont témoignent les éléments du rituel,  linceul, habits, bijoux. »

 

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 Photo figurant dans l’article de L’Indépendant. Compte tenu de la période et des indices découverts, il s’agissait vraisemblablement de l’enfant d’un chef sordus.

                  

                          Quant aux trous de poteaux de la cabane, ils étaient tellement bien conservés qu’il a été décidé de construire une réplique exacte de cette cabane, non loin de là sur le site.





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                          Ruscino entre dans l’Histoire à l’époque de la deuxième guerre punique, en -218 , et Tite-Live cite deux événements locaux dans son Histoire Romaine : au Livre XXI, 20, une entrevue entre une ambassade de cinq vieux sénateurs romains et des Sordes en armes à Ruscino… et  au Livre XXI,24  Annibal reçoit des guerriers Sordes dans son camp, près d’Illiberris, pour leur préciser qu’il n’a aucune pensée belliqueuse à leur encontre : il ne fait que passer dans la région pour porter la guerre en Italie ! (Nous reviendrons prochainement sur ces événements.)



Llivia, ancienne capitale de la Cerdagne.


                           Si Jules César, vers -49, décide d’appeler cette cité IULIA LIBYCA, c’est  parce qu’elle était habitée par une population qui était venue de Libye, comme on disait autrefois, c’est-à-dire d’Afrique du Nord. (Voir Etymologie de Llivia.) Ces habitants, les Sordon, ou Sordes, étaient même quelquefois assimilés à des Cyneti, alors que ce n’étaient pas des Berbères.                          (Voir Annexe de Ruscino.)

                            Et quand Strabon, au premier siècle, nous parle d’une danse en rond pratiquée dans la partie occidentale du rivage roussillonnais, donc en Cerdagne, c’est encore des Sordon qu’il s’agit. (Voir Origine de la Sardane.)

                            Du reste, il est fort probable que les Sordon se soient établis à Llivia, avant même que certains d’entre eux ne se rendent plus au nord car, en venant du sud de l’Espagne, Llivia était la porte d’entrée pour ceux qui souhaitaient traverser les Pyrénées en suivant les vallées du  Sègre et de la Tet. Pour preuves, la construction plus tard d’une voie romaine allant de Llivia à Ruscino, et le nom de Llivia changé en  Medinet-el-Bab lors de l’invasion arabe, la Ville-Porte !

                            Donc le toponyme Llivia, venant du latin Libyca, rappelle les anciens habitants soi-disant libyens, c’est-à-dire les Sordon… mais l’histoire est évidemment compliquée !

 

Le Site du Port à Salses.


                             Les fouilles, dirigées par Annie Pezin, ont permis de découvrir en 1989  les restes d’un petit village du Ve siècle av. J.-C., donc domaine des Sordes à cette époque-là. Situées en bordure de l’étang de Salses, ses ruines s’étalent sur une surface de 3500 mètres carrés et à un mètre seulement au-dessus du niveau de l’eau. Il s’agit  sans doute d’un village de pêcheurs sordes qui pouvaient alimenter en poisson l’oppidum voisin de Sordonia. Découverte émouvante, celle du squelette d’un fœtus humain dans le sol d’une maison… encore un petit Sordus! Des fragments de céramique trouvés dans les fouilles semblent montrer que ce petit port était également un point de cabotage pour des marins phocéens. Pour des raisons inconnues, ce village n’a été occupé que très peu de temps, moins d’un siècle vraisemblablement, et n’a donc pas reçu de nom à notre connaissance. (Texte rédigé à partir de notes prises au cours d’une visite du chantier en 1990 et d’un article de L’Indépendant.)

        

Sordes.


                                      Le village de Sordes, ou Sorde-l’Abbaye depuis le 19 novembre 1908, situé à proximité du confluent des gaves de Pau et d’Oloron, est considéré comme la capitale préhistorique de la région, car on y a découvert les traces d’une occupation humaine datant d’environ quinze mille ans ! Si le toponyme Sord/us  est employé lors de la conquête romaine, cela montre évidemment que la population locale était composée de Sord/on, comme ceux du Roussillon. Voir Etymologie de Sorde-l’Abbaye.

                                       Bien plus tard, au XIIe siècle, certains habitants du village, devenu Sordes en gascon, se dispersent dans  les régions voisines et on les désigne alors sous le nom de Sordes, celui de leur village d’origine. Ce surnom devient ensuite leur patronyme, Sordes, dont la forme n’a jamais changé, grâce à la prononciation très claire du gascon en l’occurrence : la consonne finale S se fait entendre, la lettre E a le  son sourd du français Je, et le mot a deux syllabes, dont  la première est accentuée. Une seule différence avec la prononciation castillane où la lettre E se prononce è ! Quant à sa prononciation française, elle est étudiée au chapitre C, dans Etymologie de Sorde-l’Abbaye.

                                       Le souvenir des Sordon est donc conservé dans ce toponyme….et dans le patronyme Sordes  qui est plutôt rare, puisque, d’après l’I.N.S.E.E., il ne concernait que 113 personnes le 1er janvier 2004 !

 


Table des matières.


 

Les guerriers.

Les peuplements :

En Italie,

En Libye, Sardaigne, Espagne, et au nord des Pyrénées,

Les Shardanes restés en Asie Mineure sont  dès lors appelés Lydiens.

Les vestiges :

En Lydie,

En Toscane,

A Ruscino, Llivia, le Site du Port à Salses, et Sordes.

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 La Lydie à l’époque du roi Crésus

 

 

 

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