Origine des Sordon du Roussillon

Origine des Sordon du Roussillon.

 

 

 

Les Sordon, Sordi, ou Sordes, dont l’installation en Roussillon est antérieure au VIe siècle avant notre ère, sont les lointains descendants des Sherden, ou Shardana, peuple originaire de Lydie en Asie Mineure mentionné par les textes égyptiens dès le XIVe siècle av. J.C. Une grande partie de cette population a migré vers l’ouest par vagues successives au cours des siècles et on a pu noter sa présence en Egypte, en Libye, puis en Sardaigne et en Espagne avant le franchissement des Pyrénées.

 

Les contacts avec l’Egypte.

 

Dans son Dictionnaire de l’Ancienne Egypte, Maurizio Damiano Appia écrit au sujet des Sherden ( Shardanes) : «  Le nom de ce peuple apparaît dès le règne d’Amenophis III (-1387à-1348), en parlant des pirates infestant les côtes méditerranéennes. »

 

De même, d’après Tadeus Smolenski (Annales du Service des Antiquités de L’Egypte, 1915, tome XV, page 77) à propos des Peuples de la Mer sous Rhamsès II(-1279 à-1212) et Mernephtah,(-1212 à-1202) à la rubrique Sharaden (Shardana, Shardina) : «  ce peuple apparaît dans les documents les plus anciens, pour la première fois, comme les Louka, dans les tablettes de Tell-el-Amarna. Comme Shirdana, ils figurent sous Amenophis IV (-1348 à -1331), au nord de l’Egypte, et jouent quelque rôle dans les évènements syriens, étant mercenaires à la solde de Rib-Abdi à Gebal (Byblos) » .N.R.S.

 

Les textes de Karnak nous apprennent que ce peuple du nord a fait des incursions en Egypte et en Libye : Séthy 1er au cours d’une campagne contre les Libyens, en -1300, capture des guerriers Shardana. Par contre dans l’armée de Rhamsès II (-1279 à-1212) un corps de troupe porte déjà le nom de Shardana, et sous Rhamsès III, en -1198, ils sont 1900 (Papyrus Anastasi numéro I, page 17). N.R.S. Ainsi les Shardana, au tempérament particulièrement belliqueux, sont tantôt ennemis, tantôt mercenaires des pharaons. En effet les prisonniers devenaient esclaves...ou mercenaires, quand ils n’étaient pas tués ou mutilés !

 

D’après Raymond Weill, dans Le Vase de Phaestos, Revue Archéologique, tome III, janvier-février 1904, Rhamsès III (-1185à-1153), dans les premières années de son règne, dut faire front sur deux de ses frontières : à l’ouest contre les Libyens, réduits à leurs seules forces indigènes, et au nord contre l’invasion infiniment plus redoutable des Peuples de la Mer. C’étaient des tribus entières qui avaient abandonné leurs pays d’origine et orientaient leur migration vers le sud par la voie des routes et des côtes syriennes. Parmi les envahisseurs on trouvait les Toursha, les Shakalousha et les Shardana, que Mernephtah avait eu à combattre dans les rangs des Libyens. N.R.S.

 

Maspéro est formel : «  les Shardanes sont des Asianiques de la tribu méonienne, ou lydienne, qui a donné son nom à Sardes » (Histoire des Peuples de L’Orient Classique- Les Premières mêlées).

 

 

Remarque : La mention N.R.S. figurant à la fin d’une phrase ou d’un paragraphe signifie que le texte est tiré, ou s’inspire, de notes que René Sordes a prises à la Bibliothèque Nationale. J’ai souhaité ainsi rendre hommage à ce grand chercheur, né en 1884, plutôt que d’utiliser une information désormais disponible sur internet.

 

 

 

 

 

 

 

Hiéroglyphes à lire de gauche à droite car les aigles regardent vers la gauche. Dans sa Grammaire Egyptienne, au paragraphe 6, Champollion signale : « Le son des caractères voyelles de l’alphabet phonétique égyptien n’a pas plus de fixité que celui des signes- voyelles dans les alphabets hébreu, phénicien et arabe ; il subit absolument les mêmes variations. Comme dans les textes hébreux et arabes, la plupart des voyelles médiales des mots sont habituellement omises dans les portions des textes hiéroglyphiques, ou hiératiques ». L’auteur précise que l’utilisation systématique des voyelles n’apparaîtra que bien plus tard, dans l’écriture copte.

Le signe représentant un aigle, ahôm en copte, indique une voyelle vague : a,  a bref ,  e ,  o bref , mais aussi bien le hida copte : i, ai, ei .Voir également les différentes graphies ultérieures pour ce nom : Srdn, Sherden, Sharaden, Shardana, Shardina, Shirdana, Shardanes, Sardanes, Sardones, Surdaones, Sordones, Sardons, Sordons, Sardi, Sordi, Sordes !

Le premier signe à gauche représente un jardin, schni en copte, et indique la sifflante sourde, légèrement chuintante, comme dans le sch allemand.

Le signe représentant la bouche, , correspond à R ou L.

Le bras qui offre un triangle représente l’articulation D ou T ou Th.

Le trait en dents de scie, c’est le N.

Les deux petits signes sous la bouche sont ici explétifs et servent uniquement à l’équilibre esthétique de l’inscription. Quant aux deux derniers représentant une terre ou une contrée, et une massue ou casse-tête, ils indiquent qu’il s’agit d’un peuple étranger.

On a donc: sh, a, r, d, a, n, a.

D’après Raymond Weill, Shardana est un terme ethnique formé grâce à la désinence hiéroglyphique ena ou ana. Le radical de ce nom est donc Shard.

La Grammaire de Champollion relève d’autres hiéroglyphes mais sans mention des voyelles, signifiant L D N, Lodan, la Lydie, page 151, et Les Grands Chefs Lydiens, page 166.

 

 

 

 

 

 

 

L’installation en Libye.

 

 

Battus et refoulés par Rhamsès III, les survivants des Peuples de la Mer se dispersent vers l’occident par la même voie que les Phéniciens, et les Shardana se réfugient en Libye, terme qui désigne à l’époque toute l’Afrique du Nord à l’ouest de l’Egypte. Le mot Africa, utilisé plus tard par les Romains, ne correspondait tout d’abord, en gros, qu’à l’actuelle Tunisie.

 

Dans Etudes Berbères –Essai d’Epigraphie Libyque -Revue Asianique, 7e série, tome IV, juillet - décembre 1874, B.N. , M. J. Lévy précise bien qu’au vocable transcrit en Egyptien Shardana correspond le libyque Sardan qui est le pluriel de Sard. N.R.S. D’après Meillet et Cohen, dans Les Langues du Monde, le lydien, c’est-à-dire la langue des Sardon, avait bien une sifflante S chuintée, mais pas de véritable chuintante Sh !

 

Sh et S chuinté sont deux phonèmes très voisins : il suffit que l’apex, qui s’était rapproché de la zone située entre les alvéoles des incisives supérieures et la partie antérieure du palais pour articuler Sh, s’avance très légèrement vers les alvéoles des incisives supérieures, pour que la chuintante Sh devienne la sifflante S chuintée, sifflante alvéolaire correspondant par exemple au S espagnol. (Le S français nécessite l’appui de l’apex contre les incisives inférieures pour produire un S dental bien plus sifflant.)

 

Quant à l’N final, on le trouve  employé en hébreu, et en phénicien, autre langue cananéenne, et «  ce noun final confère un sens extensif, tout ce qui s’étend ou pullule », d’après Fabre d’Olivet –Langue Hébraïque Rectifiée, page 87. En hébreu mishnique, la langue des sages, et en araméen, la marque du masculin pluriel est IN, comme par exemple  rabbin, maîtres, et kerubin, les chérubins. C'est également l'avis de Sophie Kessler-Mesguich , professeur de linguistique hébraïque à la Sorbonne, qui a relevé plusieurs exemples de pluriel en IN dans le texte biblique, entre autres millin, mots, en Job XII, 11 etSidonin, sidoniens ( I Rois XI, 33)Pour elle "il s'agit là probablement d'araméismes, mais la finale IN est extrêmement répandue en hébreu mishnique où sa progression et son extension s'expliquent moins par l'influence araméenne que par un changement phonologique affectant les consonnes M et N en finale".

Pour mémoire, et approximativement car les avis divergent: 

Hébreu biblique, du XIe siècle  au IIe av.J.C.

Hébreu mishnique, du IIe av.J.C. au VIe après J.C.

Hébreu médiéval, du VIe au XIXe siècle.

Hébreu moderne (contemporain, hébreu-israélien) à partir du XIXe siècle.

De même, en berbère on a ifir, grotte, pluriel ifran, d’où le nom de la ville Ifrane, et Amazigh, homme libre, pluriel Imazighen. En arabe marocain, on a : ghar, caverne, pluriel gheran ; taj, couronne, pluriel tijan ; mudjahid, combattant, pluriel mudjahidin...et actuellement dans la presse on entend souvent parler d’un tâlib, des taliban à propos de l’Afghanistan ! A noter que les scribes égyptiens ont toujours employé l’ethnique Shardana et jamais la forme simple Shard.

 

La présence des Sardan en Libye nous est confirmée par A. Pellegrin, membre de la Société de Linguistique de Paris et membre de l’Académie des Sciences Coloniales, dans son Essai sur les Noms de Lieux d’Algérie et de Tunisie, Tunis ,1949 (pages 36et37) :

 « Les documents de L’Ancienne Egypte font mention de la Libye et des Libyens dès le troisième millénaire avant J.C…et les Libyens représentés sur les tablettes, les bas-reliefs, ou les peintures, appartiennent à un type brun bien défini. Mais, vers –1317, l’Egypte, sous le règne de Séthy Ier, fut attaquée par des Libyens d’une autre race que ceux auxquels les Egyptiens avaient eu affaire pendant les deux millénaires précédents. C’étaient des hommes blonds aux yeux bleus et au teint clair, qui appartenaient à des peuples dont la migration allait bouleverser tout le Proche –Orient sous Mineptah et Rhamsès III. Cent ans après, en –1227, puis en –1194 et en –1128, ces peuples réfugiés en Afrique revinrent en force, avec les Libyens et sous la conduite d’un roi libyen, attaquer le delta, mais ils furent chaque fois repoussés. Les inscriptions donnent les noms de quelques uns de ces peuples : Akouasha(Achéens), Toursha(Tyrsiens), Loukou(Lyciens), Shardanes(Sardes), Shakalesh(Sicules), tous gens du Nord, venant de toutes sortes de pays. Il s’agissait des fameux Peuples de la Mer et il est probable que leur présence en Afrique fut à l 'origine du type berbère blond ou roux aux yeux bleus qui a fait l’objet de nombreuses hypothèses ».

 

Dans Notices sur la Ville d’Elne, 1836, Bibliothèque de Narbonne, Puiggiari précise qu’en Libye Phénicienne certains peuples étaient appelés en latin Sardo-Libyci, ou Sordo-Libyci , comme il y avait des Libyaegyptii et des Libyphoenices .

 

En effet en étudiant les listes de toponymes antiques nous pouvons découvrir la présence des Sardon en Libye Phénicienne, dans la région de l ‘actuelle Kabylie, car Pline (5.21) mentionne le fleuve Sardabal ou Sardaval (Oued Soummam actuel ?) et A. Pellegrin nous précise qu’en hébreu, et fort probablement en phénicien, iabal signifie cours d’eau et ubal, fleuve. A prononcer youval et ouval. Le Sardabal était donc le fleuve Sard. D ‘autre part l’Itinerarium Antonini, édité par G. Parthey et M. Pinder mentionne : Saldis Rusiccade(5.17), future Skikda, puis Philippeville,

Saldis Igilgili(39)= la Colline des Sard. ( Ighil = colline en libyco-berbère). C’est la future Djidjelli.

Sitifi Saldas( future Sétif ?) en plus de Sitifi Caesarea (25.29).

Saldas, Saldis (5.31.32.39), future Bougie, l’actuelle Bedjaïa, à l’embouchure de la Soummam.

Pour le passage de R à L dans les toponymes qui précèdent, voir le texte en annexe.

 

 

 

 

 

 

Guerrier Shardane.

 

 

Sardus donne son nom à la Sardaigne.

 

 

Le Larousse mentionne pour cette île : L’Iknousa des Grecs devint Sardinia pour les Latins.

 

Mais que disent les historiens ?

 

Silius Italicus (25-101), gouverneur en Asie Mineure en 68 après J.C. et poète : « Mox libyci, Sardus, generoso sanguine fidens Herculis, ex sese mutavit nomina terrae » , Punica, livre XII, vers 359 et 360 . Citation inspirée de Tite-Live (-59+ 17).

 

Pausanias, écrivain grec d’Asie Mineure au deuxième siècle après J.C.(X.17.2) : «  L’île prit le nom de ce Sardos, les Libyens ne chassèrent pas les indigènes, mais se mêlèrent à eux, vivant comme eux dans des cabanes et dans des grottes ». D’après lui Sardus était le fils de Maceris, qui, en Egypte et en Libye, avait le surnom d’Hercule.

 

Isidore (560, 636) : «  Sardus Hercule procreatus, cum magna multitudine a Libya profectus, Sardiniam occupavit et ex suo vocabulo insulae nomen dedit ». Origines, livre XIV, c 6 paragraphe 39.

 

 

Quant à J.D.Guignant, il décrit une médaille représentant Sardus, fils d’Hercule et fondateur mythique de la Sardaigne, avec une coiffure de plumes, et l’inscription latine Sardus Pater devant la tête. Cette médaille est celle du Préteur Attius Balbus, beau-frère de Jules César. (Dans Religions de L’Antiquité, traduit de Frédéric Creuzer, Paris 1831). N.R.S.

 

Remarque : le grec et le latin archaïque utilisaient la graphie Sardos mais ce O très fermé avait un son voisin du U du latin classique Sardus, le OU français.

 

Weill, dans Dissémination du Nom des Peuples, nous précise : « Nous devons respecter, plus qu’il ne se fait souvent, la tradition antique qui parle d’une tribu libyenne conduite par Sardos et s’établissant en Sardaigne ».

 

Et Maurizio Damiano Appia, dans son Dictionnaire Encyclopédique, soutient également cette thèse, puisqu’il écrit : «  Les Sherden sont identifiés aux Sardes, conquérants de l’île italienne à laquelle ils ont donné leur nom : la Sardaigne ».

 

D ‘autre part, à proximité de Fluminimaggiore, on peut admirer les ruines d ‘un temple romain, construit au IIIe siècle à côté des restes d’un temple punique érigé, lui, 500 ans avant J.C. : ces deux temples étaient dédiés à Sardus Pater.

 

 

 

 

 

Ruines du temple de Sardus Pater.

 

 

 

 

Les Sardan passent en Espagne.

 

 

La présence des Sardan, Sardon, Sordon, ou Sordes, en Espagne remonte aux alentours de l’an –1000, car c 'est l 'époque où, venant de Libye sous la conduite de leur chef Sardos, ou Sardus, ils traversent le Détroit des Colonnes, et cela peut-être avant les Tartessiens, peuple de même origine. Cf .Influences helléniques et tartessiennes sur le Languedoc Méditerranéen et le Roussillon aux Temps Préhistoriques. Extrait du Bulletin de La Société Archéologique de Béziers 1929, page 16, par Félix Mouret. N.R.S.

 Et ils ont dû vivre en grand nombre et pendant une longue période dans l'extrême sud-est de l'Espagne puisqu'une partie de la côte a porté leur nom. En effet, dans Ora Maritima, Avienus écrit aux vers 147 et 148 "...qua mare insinuare se dixi ante terris quodque Sardum nuncupant, ...la mer dont j'ai dit qu'elle pénètre dans les terres (c'est-à-dire la Méditerranée) et qu'on appelle Sardienne à cet endroit".

Toutes les villes construites par les Sardon se situaient au bord de cours d’eau. Le fleuve, ou la rivière, prenait le nom du peuple dominant la région et, quand une ville était construite, elle avait ensuite le même nom, Salduba. Uba, déjà évoqué dans le chapitre consacré à la Libye sous la forme ubal, signifiait fleuve en phénicien, et ce terme peut être rapproché du basque ibaya qui signifie rivière. De même ibarra, vallée en basque, rappelle le terme Ibères, rapporté par les Grecs, pour désigner les Habitants de la Vallée, notamment les habitants de la vallée du grand fleuve qui prendra le nom d 'Iberus en latin. Donc Sarduba signifiait la Ville des Sardes et il y a eu plusieurs Sarduba, ou Salduba, en Espagne.(Noter qu'en basque la lettre R, articulée avec une seule frappe, évoque un L et un R intervocalique est généralement muet en souletin. Pour pronocer un R qui rappelle le R français actuel il faut en basque une graphie avec RR!)

 Pour le passage du R au L voir le texte en annexe.

 

 D'après Madoz, la plus ancienne Salduba était située à proximité de l'embouchure du fleuve Salduba, futur Rio Verde, à l'emplacement de l'actuelle Marbella. 

  Il  y avait ensuite Salduba, à l’embouchure de l’Ebre , nommée plus tard Hibera Julia Augusta Dortosa, puis Tortosa, d’après Félix Mouret (Rf. Supra, pages 16 et 28) et La Gran Geografia Comarcal catalane.

 

Puis, en remontant le cours de l’Ebre, on avait Salduba, détruite au premier siècle avant J.C. et reconstruite en –27 sous le nom de Caesar Augusta… Zaraqustah pour les Arabes… Zaragoza !

 

 

Plus au nord Salduba, devenue Soldube puis Soldeu, en Andorre, d’après Joan Coromines dans Estudis de Toponomia Catalana page 85, qui mentionne également une ancienne Salduba au Portugal.

 

On pourrait encore citer l’actuelle Sádaba, au nord de Saragosse et sur un affluent de l’Ebre. Le Grand Larousse précise qu’il s’agit d’une des plus anciennes cités de l’Aragon, mais l’évêque de Jaca, Antolin Lopez Palaez, signale que la graphie la plus anciennement connue ne date que de 1099( Plaquette Sádaba y su Cristo, deuxième édition ,1920) ; et le professeur Marco Francisco Simon, de l’Université de Saragosse, classe bien ce toponyme parmi les pré-indo-européens( Toponimia, page 161), mais «  il ne fait pas le rapprochement avec Salduba, car il ne connaît pas de sources antiques ». Il semble pourtant bien que Sádaba vienne de Saldaba et Salduba , même si ces deux graphies ne sont pas attestées pour cette ville.

 

 

Quant à la Vila de Sort, en Catalogne, mentionnée sous la forme Saorte en 947, les linguistes catalans sont également d’accord pour donner à ce nom une origine prélatine, mais ils ne font pas le rapprochement avec les Sordon. Et pourtant, cette peuplade était bien connue dans le nord de l’Espagne, puisque Pline l’Ancien (23 ; 79) mentionne des

Sardones (L III, c5), des Sordones (LIII, c32) et même des Surdaones (LIII, c24) dans la Tarraconaise, c’est-à-dire une région correspondant aujourd’hui à la Catalogne, l’Aragon, la Navarre, le Leon et la Vieille Castille !

 

Et puis la longue migration des Sordon a enfin franchi les Pyrénées : à l’est une importante colonie a suivi la Via Heraklea pour occuper un nouveau territoire plus au nord et y créer sa capitale, appelée Ruskino par les Phéniciens …et à l’ouest d’autres membres de cette peuplade ont emprunté une route, au nord de Saragosse et Sadaba, pour s’installer en Pays Gascon, dans les Landes, et Sordus, devenu Sordes, perpétue leur nom ! Cette commune est devenue Sorde- l’Abbaye par décret du 19 novembre 1908.

 

Une dernière remarque, d’ordre linguistique. Grâce à une inscription lydo -araméenne découverte dans les fouilles de Sardes, berceau du peuple des Sordon, on connaît certains aspects du système linguistique lydien et il présente une drôle de particularité : la consonne R apparaît à de nombreuses reprises, mais jamais au début d’un mot. Or ce même phénomène existe en ibère, véritable koinè utilisée autrefois par divers peuples vivant en Espagne… en basque, langue dont l’origine fait toujours l’objet de controverses… et en gascon ! (Quand le gascon emprunte un terme commençant par R, il le fait précéder d’un A prosthétique et l’R est redoublé. Au lieu de rat par exemple, le gascon dit arrat, au lieu de roda (la roue), arroda, au lieu de rec (rigole, ruisseau en catalan) arrec (à rapprocher du basque ereka) ; et il traduit raison par arrazon et riu (rivum, ruisseau) par arriu. La carte de Cassini mentionne notamment l’Arriu de Sordes).

 

Alors coïncidence extraordinaire?... ou influence de la langue lydienne?

 

 

 

 

 

Sardus Pater.

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