London...et pourquoi Londres?

 

 

                                                                                                  London…et pourquoi Londres ?

 

 

Création de la ville.

Les Romains se lancent dans la conquête de l’Angleterre sous le règne de Claudius et, en 43 avant Jésus-Christ, une armée romaine qui stationne au sud de la Tamise doit construire un pont pour établir une liaison avec la zone située au nord. Les soldats choisissent évidemment dans le secteur l’emplacement où le lit du fleuve est le moins large, endroit qui aurait déjà porté le nom celte de Leindis, rives rapprochées. (A noter qu’on trouve le même type d’origine étymologique pour le toponyme Québec, le fleuve étroit, dans la langue autochtone de cette région canadienne). Ce nom, adopté et adapté par les Romains, devenu Lundinium, avec l’accent tonique sur la première syllabe, reste en usage jusqu’à l’an 600, malgré le départ des occupants en 407. L’endroit, qui s’est  transformé bien vite en lieu d’échanges particulièrement prospère, est à l’origine de la future ville de Londres.

Etymologie.

La graphie London.

A partir du VIIe siècle le latin Lundinium, ou Londinium, accentué sur la première syllabe, va perdre sa désinence ium, désormais inutile pour les Anglais, et prendre la forme Londin. Puis au fil du temps le O accentué de la première syllabe produit une assimilation du I non accentué (plus exactement une dilation, puisque les deux phonèmes O et I sont séparés par N et D)…et on a London.

Ce terme est peut-être repris à l’écrit par quelques scribes anglais sous cette forme London à l’époque, mais la graphie ne verra sa diffusion en Angleterre qu’après l’apparition de l’imprimerie en 1476. Par contre, en France, on devra sans doute attendre encore longtemps pour connaître  l’orthographe de ce toponyme, prononcé de nos jours avec les deux voyelles o nasalisées, et avec l’accent sur la deuxième syllabe !

Origine verbale du mot Londres en français.

En fait l’anglais London est devenu Londres en français bien avant la diffusion de la graphie London, car il y avait des échanges verbaux entre les deux populations vivant de  chaque côté de la Manche : on pense en particulier aux marins qui se retrouvaient parfois sur les mêmes lieux de pêche. Or quand un Anglais parlait de la capitale de son pays il disait déjà ’lʌn/dn à l’époque.

(Voir remarque 1.)

La première syllabe étant tonique et la consonne L explosive, car devant une voyelle, un Français reconnaissait tout de suite cette consonne et l’articulait plus ou moins bien.

La voyelle ʌ, inconnue en français, était comprise comme un ᴐ, un ouvert, celui de botte. (En effet pour ces deux voyelles les points d’articulation sont voisins à l’arrière de la bouche en anglais.)

Quant à la consonne n, même implosive, elle  était fidèlement reproduite.

Or il y avait un temps d’arrêt entre ’lʌn et dn, et les Français sentaient bien l’existence d’une deuxième syllabe ; comme le était en tête, donc explosif, il était encore perceptible pour leur oreille, malgré une articulation bizarre.Mais après le d c’était incompréhensible !!! En effet, en anglais, quand une syllabe comprend une occlusive suivie d’une nasale, comme mutton, la brusque sortie de l’air se fait par le nez, et non par la bouche. L’explosion de l’occlusive devient nasale et produit un son très particulier ‘mʌtn. Exemples : button, ‘bʌtn ; curtain, ‘kǝ:tn ; forgotten, fǝ’gtn ; garden, ‘gα:dn; forbidden, fǝ:’bidn; Baden, ‘bα:dn. On n'entend pas de voyelle dans la deuxième syllabe !

(Voir remarque 2)

Quel phonème pouvait donc employer un  Français pour essayer d’imiter cette deuxième syllabe ? Nous allons procéder par élimination.

1- On n’entend pas de voyelle.

 (Voir remarque 3)

2- L’occlusive d, comme toute occlusive, n’est jamais suivie d’une autre occlusive dans notre langue.

3- Une spirante ? Nous ne connaissons pas les groupes df, ds, dʃ, dv, dz (à l’exception de la prononciation de Zeus, d’origine grecque) et dʒ n’existe que dans des mots empruntés à l’anglais (Jim, dʒim ; jump, ʌmp) ou à l’arabe (djebel,dʒǝbel; Djerba, dʒerba).

4- Une liquide ? L ou R ?                                           

Le groupe dl n’existe pas en français.

DR ?... Là, par contre, son emploi est particulièrement fréquent : droit, drap, drogue…et en particulier dans tendre, pendre, prendre,  gendre, entendre...

 Cette consonne r était donc le seul phonème qui pouvait venir à l’esprit des locuteurs français et ils répétaient donc ‘lᴐndr, avec un r apical. Plus tard, quand ce toponyme est passé à l’écrit, il a évidemment pris la forme Londre avec un e muet. Effectivement muet quand le mot est isolé, ou suivi par une voyelle. Exemples : J’aime la ville de ‘lɔ̃dr ; La ville de ‘lɔ̃dra un pont célèbre ; mais Je trouve la ville de lɔ̃drǝ bien belle, car le français évite d’articuler trois consonnes d’affilée, ici d r b.

Mais pourquoi ajouter un S ?

Dans Londresl’ajout de cette  consonne est dû à une erreur, car il  n’y a absolument pas d’origine étymologique. C’est comme dans Amiens, Orléans, Castres, Beauvaiset Douvresqui traduit Dover ! Mais ce phénomène se rencontre aussi en anglais qui écrit Marseillesmα:’seil;Lyons, ‘laiᴐn; et Tangiers, tan’dʒiǝz !

Les premiers imprimeurs ont-ils fauté par analogie avec d’autres toponymes, qui étaient terminés par un S avec juste raison, ou l’ont-ils fait volontairement ??? Car j’ai lu quelque part qu’ils étaient payés en fonction du nombre de caractères utilisés !!!   Alors ???

 Voilà  pourquoi nous traduisons London par Londres, et cela depuis fort longtemps !!!

 Remarques :

 1-Cette hypothèse nous permet d’établir le passage de l’anglais verbal ’lʌn/dn au français verbal ‘lᴐndr, puis‘lɔ̃dr.

 2- De nos jours, quand des Anglais prononcent ‘broukǝn, ‘britǝn, ‘wisdǝm…et même ’lʌndǝn, ils ne referment pas les lèvres après l’articulation du phonème qui précède l’occlusive k, t, d. Dès lors ces occlusives ne sont plus nasales, mais buccales, et la voyelle non accentuée de la deuxième syllabe réapparaît sous la forme ǝ.

C’est la Loi du moindre effort évoquée en phonologie, et, dans ce cas, c’est évidemment plus facile à prononcer pour les locuteurs non anglicistes !

 3-le français connaît aussi des syllabes sans voyelle, dans certaines interjections :

 Pst est un appel bien plus discret que psit,

 Pff marque le mépris,

 Hm marque le doute,

 Mmm marque le plaisir (avec les sourcils relevés),

 Mmm marque le reproche (avec les sourcils froncés).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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