Etymologie de Béziers par André Sordes

 

 

 

 

 

                                                                                                 Etymologie de Béziers

 

                                                                                                            par André Sordes

 

 

 

                       L’étymologie de Béziers n’étant pas établie à ce jour, à notre connaissance, nous allons essayer d’étudier le problème.

 

                       Pour Charles Lenthéric, dans Les Villes Mortes du Golfe de Lyon, page 207, « la ville de Betarra a une origine presque aussi ancienne que les villes mortes d’Illiberis et de Ruschino…et on peut faire remonter sa prospérité du IXe au XIIe siècle avant notre ère ». L’embouchure de l’Orb étant plus en amont autrefois, ce site de grand commerce a été très fréquenté par les marins grecs et étrusques…et bien avant eux par les Phéniciens, maîtres de la Méditerranée à cette lointaine époque.

 

                       Le toponyme Béziers vient de l’occitan Besièrs et en latin, au premier siècle, c’était Baeterra, un féminin singulier pour Pomponius Mela, tandis que Pline employait le pluriel Baeterrae…avec deuxcar les Romains avaient  l’impression  de voir le mot terre dans la finale du nom ! D’autre part, d’après le dictionnaire Gaffiot, la première syllabe pouvait être également BET ou BIT avec l’accent tonique. Quant aux appellations  grecques on avait Βιλτερα, Biltera pour Strabon (Liv. IV, ch. I), et Βαιτιραι , Baitirai, pour Ptolémée (Liv.II, ch.V). Ces graphies différentes montrent évidemment qu’il s’agissait d’un mot d’origine étrangère, non maîtrisé par Grecs et Romains, mais on note tout de même la permanence des consonnes B, T, R.

 

                      Par contre, dans Ora Maritima, Avienus emploie la graphie BESARA(M) au vers 584, où la consonne M  marque simplement l’accusatif latin. L’auteur a bien vécu au début du IVe siècle de notre ère, mais il s’inspire du récit du voyage du Carthaginois Himilcon et de textes antérieurs même au VIe siècle avant Jésus Christ. Souhaitant nous donner l’impression de faire le trajet à cette lointaine époque, il s’efforce alors d’éviter tout anachronisme et quand il choisit d’écrire BESARA nous pouvons penser que cette graphie est plus ancienne que BETERRA, ou BETARA..

 

                     Si Avienus s’inspire d’un texte carthaginois, les Phéniciens ne seraient-ils pas les créateurs de ce toponyme  très ancien ? (Voir Remarques sur l’Etymologie de Ruscino). Un exemple nous vient alors à l’esprit : La ville de TYR s’appelait TsOUR en phénicien avec la consonne initiale qui est un tsadé, tzadik en hébreu, et le son voyelle  OU du français coup. (De nos jours on dit Sour, comme pour la ville située en  Libye ). Les Grecs ont pris cette voyelle, articulée en arrondissant les lèvres, pour un U, la voyelle du français tu, c’est-à-dire un upsilon qui en majuscule s’écrit Y (et qu’en français on prononce !!!). Le son voyelle OU exige également un arrondissement des lèvres, mais il est articulé à l’arrière de la bouche, à l’opposé de l’upsilon !

 

                     Quant  à la consonne Ts, inconnue dans leur langue, les Grecs ont négligé la finale s et n’ont retenu que la partie T.

 

                    Voir remarques 1 et 2.

 

                     Alors BETERRA, ou BETARA, descend-il de BESARA ? En tenant compte de l’exemple de TsOUR on peut considérer qu’il s’agit en fait de deux variantes fautives de BETsARA ! En latin la première syllabe BE était accentuée, mais  en phénicien, comme  en hébreu,  sa langue sœur, l’accent portait sur la dernière syllabe… et les deux premières étaient donc atones. Ce Ts, situé à l’intérieur du mot n’était jamais articulé de façon très nette, ce qui a encore facilité une interprétation erronée. Mais, si Grecs et Romains avaient consulté un texte écrit en phénicien, ils auraient vu la graphie correspondant  à BTs,avec un signe particulier qui n'était ni un T, ni un

                     Voir le texte" A propos de consonnes", dernière page.

 

                    Ayant demandé à ma correspondante Sarah Blum la signification éventuelle de la racine BTsR en hébreu, avec beth, tzadik, resh, j’ai eu la très grande satisfaction d’apprendre qu’elle avait le sens de fortifier, défendre, renforcer, baser !                   Donc l’étymon de Béziers a pour racine le phénicien BTsR et voulait dire lieu fortifié, c’est-à-dire la Place Forte la Forteresse; et cela paraît évident quand on pense à l’importance du trafic commercial qui y transitait depuis des siècles et à la terrible menace des nombreux pirates !      Voir remarque 3.

 

                     Remarque 1 : Dans une note prise par mon homonyme René Sordes à la Bibliothèque Nationale, note extraite du texte Des Influences Helléniques et Tartessiennes sur le Languedoc Méditerranéen et le Roussillon aux temps préhistoriques, par Mouret, l’auteur signale qu’on a trouvé  le tsadé dans une foule de graffiti à Ensérune, site archéologique situé à dixkilomètres de Béziers, et il attribue ces inscriptions à des Tartessiens et à des Sardons, qu’il considère comme les fondateurs de Béziers, et qui, d'après lui, avaient une écriture dont certains caractères rappellent celle des Phéniciens asiatiques. A propos des motifs de  changements qui ont abouti au nom Béziers, il fait bien le rapprochement avec la ville phénicienne Tsour, devenue Tyr, mais, à notre connaissance, sans rechercher ni l’étymon, ni évidemment la signification éventuelle de cet étymon.

 

                      Remarque  2 : Qu’est-ce donc qu’un tsadé ? C’est une affriquée, c’est-à-dire une consonne occlusive pour laquelle les organes ne se séparent pas brusquement, contrairement au T du français table par exemple, mais mollement pour produire l’ébauche d’une spirante ayant le même point d'articulation, un S dans ce cas. Il s’agit d’un phonème  complexe et mou qu’on doit articuler d’un seul coup en combinant le T et le S, ce qui est évidemment difficile pour les non initiés.

  Voir le texte "A propos de consonnes- Les affriquées".

 

                     Remarque 3 :Le lecteur encore sceptique sera peut-être convaincu par Strabon qui écrit Βιλτερα πολις  ασΦαλης (L. IV, ch. 1), Biltera polis asphalês. En effet l'apposition  πολις ασφαλης ,  polis asphalês, ville sécurisée, ou fortifiée, est en fait la traduction de βιλτερα.  La sécurité,c'est η ασΦαλεια , asphaleia, et l’expression avec sûreté  ασΦαλως , asphalos . C’est bien la même idée qu’en  hébreu, donc en  phénicien, où BITsER signifie fortifier, défendre ou renforcer. Le toponyme phénicien BETsARA existait bien avant l’arrivée des Grecs dans le secteur, sinon la cité se serait  peut-être appelée ΑΚΡΟΠΟΛΙΣ !

                         A noter  que Pline nous signale également une ville de la Bétique appelée Besaro (L.3 Ch. 15). (Comme pour Sardan et Sordon, n’oublions pas qu’il existe dans diverses langues  des O très ouverts qui se confondent avec un A).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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