Etymologie d'al-Andalus

                                                       Etymologie d'al-Andalus

 

Le site de Wikipédia, intitulé Etymologie d’al-Andalus, est particulièrement intéressant car il ne présente pas moins de cinq hypothèses : nous allons examiner la plus récente des cinq, celle de l’historien Heinz Halm, publiée en 1989, et celle du géographe Bourguignon d’Anville, qui date du XVIIIe, mais qui est plus connue. Quant aux trois autres, elles font une proposition plutôt fantaisiste, ou  très problématique1.

 

Hypothèse de Heinz Halm :

Si on lit le texte cité, l’expression Gothica Sors signifie effectivement tirage au sort gotique et, pour Andalus, Heinz Halm suppose une origine gotique, landa-hlauts, tirage au sort pour la répartition des terres, lands, dans la langue des Wisigoths, envahisseurs de l’Espagne à partir du Ve siècle.

Oui, mais pour passer de landa-hlauts à Al Andalus il envisage l’évolution phonologique suivante : landa-hlauts, landa-lauts, landa-luts, landa-lus…et l’arabe al-Andalus, ce qui suppose la disparition non attestée de quatre phonèmes, et la transformation d’un L initial en article al, donc cinq modifications qu’il ne fait que supposer !

D’autre part, le Royaume Wisigoth a d’abord existé en France et dans le nord-est de l’Espagne, avant l’arrivée des Arabes dans le sud de la péninsule ibérique et leur poussée vers le nord, jusqu’à Poitiers: y a-t-il, en France, des traces  de ce tirage au sort ?…des traces de al-Andalus ?

 

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                                              Carte du Royaume Wisigoth présentée par Wikipédia

 

En définitive, malgré le soutien de Marianne Barrucand, professeur émérite d’art islamique à la Sorbonne, cette hypothèse reste sujette à caution.

N’oublions pas que les noms de villes, ou même de pays, n’ont pas toujours été donnés par les autochtones ou des envahisseurs:

Les Phéniciens ont utilisé les noms Ruskino et Rusaddir, futur Mélilla, avant même de fréquenter ces deux cités.

Même processus, pour des marins grecs, qui désignent un mouillage Bonne Fortune, Άγαθή Τύχη, Agathé Tuché, qui deviendra ensuite Agde…et un promontoire blanc, Λευκοϛ, qui donnera son nom, de nombreux siècles plus tard, au village appelé Leucate.

Quant aux noms de pays, les Phéniciens ont baptisé la péninsule ibérique  i-saphanim, étymon d’Espagne, avant même d’y installer des comptoirs, et  la Côte d’Ivoire  doit son nom à des marins portugais, pour qui c’était Costa de Marfim !

 

 Hypothèse de Bourguignon d’Anville

 

Au XVIIIe siècle le géographe Jean-Baptiste Bourguignon  d’Anville pense que les Vandales sont à l’origine du nom al-Andalus , et  cette idée est reprise par  Lévi-Provençal au XXe.

Comme nous pensons que cette hypothèse est bien fondée, nous allons présenter des arguments pour la soutenir.

Le terme ethnique Vandale, Vandalus, aussi bien substantif qu’adjectif, était connu des Romains dès le début de notre ère, puisque, d’après le Dictionnaire Félix Gaffiot, Pline l’Ancien cite des Vandili 4.89 et Tacite des Vandili ou Vandalii G.2. Quant à Flavius Vospicus  au IVe siècle, et Sollius Sidonius au Ve, ils écrivent tous les deux Vandali, pluriel de Vandalus. Le latin ignore la consonne spirante bilabiale voisée V, celle du français Vol, et la lettre V en latin correspond en fait à la lettre U qui se prononce OU, le son voyelle qu’on entend dans le mot coup. Mais placée devant une autre voyelle elle se transforme en semi-consonne W, le son entendu en français dans le mot oui, avant le i. Le W est en fait la voyelle U, c’est-à-dire ou,articulée en projetant nettement  les lèvres. (A noter que la projection est nettement moins importante dans d’autres langues, comme l’anglais ou l’arabe par exemple.) Quant à l’accent tonique, il portait en latin sur la syllabe antépénultième, c’est-à-dire la première, puisque l’avant-dernière était brève, et on prononçait ‘wanndalouss. 

Après ces précisions phonétiques, voyons le contexte historique.

Certes, les Vandales ne font qu’un bref séjour en Bétique, c’est-à-dire dans le sud de l’Espagne, de 409 à 429, mais c’est pour préparer la traversée des Colonnes d’Hercule et l’installation d’un royaume dans la partie nord de l’Algérie et en Tunisie, royaume qui va durer un peu plus d’un siècle, de 429 à 533, et cela malgré la présence des Romains qui sont restés là de -146 à 476, c’est-à-dire plus de cinq siècles !

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Carte du Royaume Vandale en Afrique du Nord

 Africa, région de la « grotte», afar en berbère, correspondait à l’époque à l’actuelle Tunisie. Rusaddir, le grand cap en phénicien, c’est Mélilla de nos jours.                                                 Portus Magnus, c’est l’actuel Bethioua (Saint Leu) qui domine la baie d’Arzew. A l’époque l’agglomération d’Arzew n’existait pas, car Arzew-le-Port date du XIXe siècle. Saldae,  c’est actuellement Béjaïa,  Bougie.

 Par suite de cette longue colonisation romaine de nombreux Berbères pratiquaient plus ou moins la langue latine2 et il leur arrivait souvent d’entendre, ou de prononcer le mot  wanndalouss, correspondant au latin Vandalvs. Or si l’on consulte l’Encyclopédie Berbère de Salem Chaker parue en1988, pour marquer l’état d’annexion d’un nom masculin, c’est-à-dire le génitif, le complément de nom, les Berbères du nord, en particulier les Zénètes de Kabylie, ajoutent un W initial devant une  voyelle, et un U devant une  consonne. Par exemple ammus, saleté, pris isolément, devient wammus dans l’expression (les risques de) saleté. De même pour marquer l’ascendance paternelle, W’Ali signifie fils d’Ali, et U’Mohand fils de Mohand. Donc lorsque ces Berbères entendaient et répétaient, par exemple, tractus ‘Wanndalouss, le pays vandale, ou  du Vandale, pagus ‘Wanndalouss, le village vandale, ou du Vandale, ou equus ‘Wanndalouss, le cheval vandale, ou du Vandale, dans leur esprit le W initial marquait le génitif de Andalus, et l’envahisseur ‘Wanndalouss, c’était celui de ‘Anndalouss… Andalus,  le pays  d’où ces Vandales étaient partis pour créer un royaume en Afrique du Nord ! (Pour mémoire, la langue Tamazight, le berbère, n’utilise aucun article, ni indéfini, ni défini.)

Le séjour des Vandales en Afrique du Nord a cessé en 533, mais il  est resté  très longtemps  dans la mémoire collective des Imazighen comme un très mauvais souvenir.

Or l’invasion musulmane de l’Espagne s’est faite en deux temps :

En 711 Tarik Ibn Ziyad, sur ordre du gouverneur de l’IfriqiyaMusa Ibn Nusaïr, débarque sur la Colonne d’Hercule nord, le Mons Calpe, qui va prendre désormais le nom de Djebel Tarik… puis il envahit la Bétique, à la tête de 12000 cavaliers berbèresdirigés par ses adjoints, les deux fils de la Kahina4

On croit entendre les cris de joie revanchards qu’ils  poussent en galopant dans ce pays qui leur avait envoyé les Vandales : ‘Anndalouss !... Anndalouss !... ‘Anndalouss !!!

En 712 Musa Ibn Nusaïr franchit le détroit de Djebel Tarik avec cette fois 17000 combattants arabes. Or ceux-ci n’ont jamais entendu parler de royaumes vandales, ni d’Andalus, avant leur arrivée, mais comme leurs prédécesseurs berbères  n’ont que ce mot Andalus à la bouche, ce terme est adopté en arabe avec l’article défini, al-Andalus.

L’hypothèse de d’Anville est donc valable : al-Ándalus, en arabe et en espagnol, vient du mot Vandale, adapté en langue tamazight,…et toujours avec l’accent tonique sur la première syllabe en espagnol5al Ándalus !

Remarques :

1-Pour Ibn Khallikân Andalus viendrait d’un fils de Japhet qui serait le premier habitant de la région après le Déluge. Or la Bible mentionne sept fils de Japhet, mais aucun Andalus parmi eux !

Pour Joaquín Vallvé Bernejo Andalus en arabe ancien viendrait du mot Atlantide. Or ce terme Andalus n’apparaît qu’après l’invasion de la Baetica au VIIIe siècle. D’autre part le mythe de l’Atlantide fait surtout allusion à une île engloutie au-delà des Colonnes d’Hercule, dans les eaux de l’Atlantique …et la côte atlantique de la Bétique est vraiment trop restreinte pour que cette région prenne elle-même le nom d’Atlantide !

Pour Miguel Casiri Al-Andalus viendrait de l’arabe Handalusia signifiant Pays de l’Occident.

La notion d’Occident …et d’Orient ne s’est matérialisée pour le monde arabe qu’au moment où leurs conquérants ont atteint l’Océan Atlantique. Le Maghreb représente alors les pays à l’ouest de l’Egypte…et le Machreq, l’Egypte et l’Arabie.

Or quand les Arabes qui se trouvent en Mauretania Tingeris cinglent vers la Bétique, ce pays n’est pas à l’ouest pour eux mais au nord !

2-Parmi eux Aurelius Augostinus, particulièrement célèbre puisqu’il s’agit de St. Augustin, évêque d’Hippone et Docteur de l’Eglise, mort à 75 ans pendant le siège de la ville par les Vandales en 430 !

3-Ces 12000 cavaliers berbères commandés par les deux fils de la Kahina, Ifran et Yesdigan, ont été réquisitionnés par le général arabe Hassan Ibn Nouaman quand il a battu les Zénètes en 693. D’après les historiens Ibn Raqiq Qairaman et Ibn Khaldoun, lors de l’invasion de la Bétique en 711, il n’y avait que 27 Arabes, chargés de l’enseignement de l’Islam.

4- La Kahina  est la reine zénète des Aurès qui a lutté contre l’invasion arabe à la fin du VIIe siècle. Le problème de sa religion divise les historiens : pour Ibn Khaldoun, né à Tunis en 1332, la Kahina et les membres de sa tribu étaient des Berbères de confession juive, avis partagé par  André Chouraqui  né à Aïn Témouchent en 1917; mais pour Gabriel Camps, né à Misserghin en 1927, et qui a consacré deux thèses de doctorat aux Berbères, il s’agissait de Chrétiens.

Quand on évoque la Kahina, on ne peut pas s’empêcher de penser à Jeanne d’Arc : ces deux héroïnes ont lutté contre un envahisseur et sont mortes de façon tragique, l’une décapitée et l’autre brulée vive. Exemple de ce rapprochement : la place située devant l’ancienne cathédrale d’Oran s’appelait Jeanne d’Arc du temps de la présence française ; elle porte désormais le nom de Place de la Kahina !

5-Rappel  de la règle de prononciation en espagnol :              

Les mots de deux syllabes ou plus qui se terminent par une voyelle, ou par n, ou s, ont l’accent sur l’avant-dernière syllabe. Exemples : dre, boto,  Sella, Todo, Cármen, órden, pescares,Valdeñas.

Les mots terminés par une autre consonne que ou s… ou par y, ont leur accent surla dernière syllabe. Exemples : tomárfidél, complicidád, Madríd, Motríl,  estóy, Alcóy.

Al Ándalus fait donc exception, comme Córdoba, daba, foclesTréveris, Hicrates, Pigoras : l’accent tonique est resté sur l’antépénultième, comme Vandalvs en latin !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                                                     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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