Annexe de Ruscino

                                                Annexe de Ruscino :    Cynetes

 

                                                         LEGITSED NON VIDIT

 

                          Pour rédiger Ora Maritima, Avienus s’est inspiré de textes datant d'avant le sixième siècle avant Jésus- Christ : notamment le Périple d’Himilco, récit d’une expédition carthaginoise le long des côtes d’Europe Occidentale et des textes d’écrivains grecs qui décrivaient le monde alors connu à partir de la Grèce ou d’Alexandrie. Comme Avienus souhaite donner l’impression d’un reportage écrit à cette lointaine époque, il veille à ne pas commettre des anachronismes et utilise un latin archaïque. Par exemple dans  iacent harenae litoris Cynetici , il écrit harenae avec un h initial, qu’on trouve encore chez Catulle, né en -87, mais qui a disparu en latin classique. On relève également Hibero flumine, pour Ibero flumine . De même la diphtongue ae du radical de  glaebae est devenue la voyelle simple e en latin classique, glebae. Quant à Cynetici, ce vocable garde son aspect gréco-romain, avec la lettre y qui représente le son ü du grec kunethioi, alors que Tacite, dès le premier siècle de notre ère, écrit Cinethii.

 

                     Dans son texte, quand il aborde  le sud de l’Espagne, après avoir quitté les Colonnes d’Hercule, Avienus cite populi Cynetum, les peuples des Cynètes  et Cyneticum iugum, le promontoire Cynète,  au vers 198 ; puis,  au vers 202, Ana amnis illic per cynetas effluit, le fleuve Ana coule à travers le territoire des Cynètes. Et au  vers 220,  on a Cyneticum hic terminus,  qui fixe la limite du pays des Cynètes.

                     Strabon (-58+21 ?) nous signale en effet qu’un peuple de Cynètes, ou Conii, occupait le sud du Portugal, dans la région de l’Algarve, à l’ouest du territoire peuplé par les Tartessiens. Leur capitale, Conistorgis, fut détruite par les Lusitaniens, car ceux-ci leur reprochaient de s’être alliés aux envahisseurs romains.

                     C’est à ce peuple de Cynètes qu’Hérodote fait allusion quand il les qualifie de derniers Européens du côté de l’occident, bien que cet illustre historien, si précis quand il s’agit de l’Europe Orientale, de l’Asie-Mineure, et de l’Afrique du Nord, montre sa totale ignorance de la réalité géographique de l’Europe Occidentale, puisqu’il situe la source de L’Ister, c’est-à-dire le Danubechez les Celtes, les derniers de l’occident, à la ville de Pyrene ,  (Livres ll, 33 et lV,49), et avoue que Personne, parmi les hommes, ne sait si l'Europe est entourée d'eau, au Livre IV,45 !

                      En fait quand les historiens parlent d’une immigration libyenne en Espagne aux alentours de -1000, celle-ci comprenait sans doute des Phéniciens encore, mais surtout des Tartessiens, des Sardon… et des Cynètes.

                     Ces Cynètes faisaient partie des peuples que les Egyptiens appelaient Meshwesh, les Grecs Maces, Maxyes,  ou Mazyes, les Latins Mazices, Madices, ou Maxitani, peuples qui se donnent à eux-mêmes le nom d’Imazighen ( pluriel d’Amazigh) et que nous appelons Berbères !

                     Il y avait quatre grandes confédérations de tribus berbères dans l’antiquité :

-Les Garamantes, peuple sédentaire et pacifique, qui occupait le Sahara Oriental, au sud de l’actuelle Libye ;

-Tout à fait à l’ouest, l’actuel Maroc, était le pays des Masmouda, également appelés Maures, et qui étaient aussi sédentaires ;

-Entre ces deux extrêmes se situaient les Gétules, ou Nomados en grec, c’est-à-dire des pasteurs, Numidi en latin, des nomades, qui se déplaçaient avec leurs troupeaux : les Iznagen (singulier Azenag), ou Sanhadja, de Bône à Tanger…et les Kunethioi, en grec, ou Cinethii et Zenitenses en latin, c’est-à-dire les  Iznaten ( singulier Aznat) en berbère, les Zenata, ou Zénètes,  très nombreux dans la Petite Syrte et l’actuelle Tunisie, mais qui se sont ensuite répandus jusque  dans l’ouest du Maghreb.

                      L’histoire des Zénètes est particulièrement riche puisque Gabriel Camps, préhistorien né à Misserghin, en Algérie, en 1927, et spécialiste du monde berbère, souligne que leur langue est paléo-berbère. L’historien Ibn Khaldoun (1332-1406) signale,  lui aussi, que les Zénètes étaient implantés en Libye dès l’installation des premières populations berbères

                     La caractéristique des Zénètes, persistante au cours des siècles, c’est leur extraordinaire habileté à se tenir et à manœuvrer à cheval. La tactique des cavaliers numides au combat était déjà réputée dans l ‘Antiquité : attaque rapide, arrêt brusque et retraite immédiate, et la fantasia actuelle, simulacre guerrier, en est la parfaite illustration. Plus tard les cavaliers zénètes formeront le fer de lance des troupes maghrébines lors de la conquête arabe de l’Espagne, et il y aura même ensuite  un perfectionnement, grâce à la selle emboîtante et aux étriers placés haut : ce harnachement facilitera le tir à l’arbalète, puis au fusil, sur l’ennemi, par dessus la tête de la monture, et permettra également au cavalier aux jambes pliées de se redresser et de surplomber l’adversaire pour l’attaquer au sabre. 

 

                                                                         

 

                     Ces faits sont tellement bien ancrés que l’espagnol utilise le mot jinete pour désigner un excellent cavalier, jineta, pour une manière particulière de chevaucher, jinetear, pour chevaucher…et jinetada, synonyme de fantasia, fanfaronnade ! En retour l’arabe marocain, ou algérien, adopte, lui, l’espagnol fantasia pour en faire fantaziya, panache, ostentation ! En français, nous héritons seulement du mot genet, pour désigner le cheval andalou, descendant par croisement du cheval barbe, c’est-à-dire berbère, celui des Zénètes  

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                    Or, bien que l’histoire des Sordon du Roussillon soit relativement détaillée, grâce aux récits à propos des guerres puniques et du passage d’Annibal dans la région, aucun historien, à notre connaissance, n’a fait allusion à des qualités équestres particulières chez les occupants du Roussillon. Non, les Sordon n’étaient pas des Zénètes : le seul point commun avec les cynetes du Portugal, c’est que leurs ancêtres avaient également vécu en Libye, en territoire zénète, mais entre eux il n’y avait aucun lien ethnique.

 

 

                                                                                   Sordi Cynetes non sunt. 

 

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