Annexe de la Sardane

Annexe de la sardane

La danse chez les Berbères

par André Sordes

 

Pour Mickael Peyron, fin connaisseur en histoire et culture berbères, « la danse tient incontestablement une place de choix dans la culture berbère. Phénomène essentiellement rural, il s’agit d ‘une manifestation d’un haut niveau esthétique, à la mise en scène aussi symbolique que suggestive, sans doute liée à quelque thème de fécondité issu du fond des âges ». (Mazel, 1971, page 226).

En fait il n’y a pas une danse berbère, mais plusieurs types, qui diffèrent suivant les régions, et toujours accompagnés de divers instruments de musique et de chants. Quant aux riches parures des femmes, elles sont évidemment de mise à l’occasion de fêtes, d’évènements importants…ou de manifestations organisées par les Offices du Tourisme !

Ainsi au Maroc :

Dans le Moyen-Atlas et le Haut-Atlas oriental, on peut assister à l’ahidous, danse collective ou hommes et femmes sont en alternance, épaule contre épaule. Les interprètes se mettent tantôt en cercle, en demi-cercle, ou en deux rangs qui se font face.

 

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                                                                       On s'exerce!

 

Dans la région du Souss et le Haut-Atlas occidental, la danse pratiquée est l’ahouach : une douzaine d’hommes font un cercle autour d’un feu, préalablement allumé pour bien tendre la peau des tambours, et ils sont entourés de femmes qui forment une ronde et ondulent au rythme des bendirs. La ronde des femmes se divise ensuite en deux groupes qui se font face et se donnent la réplique.

Enfin, près des confins sahariens, on peut voir la guedra : une, ou plusieurs danseuses, drapées dans un voile bleu indigo, ou noir, restent agenouillées, mais effectuent des mouvements des mains, des bras, du torse… avec, par moments, la tête qui se déplace de façon étrange horizontalement de gauche à droite, puis de droite à gauche…sans tourner et tout en restant bien verticale ! Tous ces mouvements expriment, paraît-il, des sentiments de la vie quotidienne mais le caractère de cette danse reste plutôt ésotérique, malgré les commentaires éventuels !

Ayant exercé dix-huit ans au Maroc, j’ai eu l’occasion d’assister à de nombreuses manifestations agrémentées de danses berbères, y compris l’étonnante et envoûtante guedra …mais la danse qui m’a fait la plus forte impression c’est celle que j’ai pu admirer au cours d’une randonnée dans le Moyen-Atlas. Le soleil allait bientôt se coucher et j’avais arrêté la voiture à l’écart de la route, au sommet d’un col, pour admirer le panorama situé en contrebas. Et là, un spectacle surprenant s’offre à nos yeux ! A moins de cent mètres, un hameau berbère, et sur une aire de vannage, juste à côté des habitations, une douzaine de paysans en train de danser et de chanter. En deux rangs qui se font face, ils sont vêtus de leur simple tenue de travail en cette fin de journée. Pas le moindre instrument de musique : aucun tambour, ni darbouka, ni bendir ; pas de ghaïta au son aigu, pas la moindre flute en roseau ! Aucun spectateur, pas même un enfant poussé par la curiosité ! Cette danse, exécutée après une dure journée de labeur passée sous le soleil accablant de l’été, et simplement rythmée par les chants, était sans doute une offrande à Dieu pour le remercier d’avoir favorisé une bonne moisson. Danse fascinante, qui faisait penser à un rite sacré par sa simplicité et sa sublime sincérité !

Cette anecdote illustre les propos de Mickael Peyron cités plus haut. Oui, la danse, phénomène essentiellement rural, tient incontestablement une place de choix dans la culture berbère, et remonte certainement aux temps les plus reculés.

On peut donc penser que la présence des Sardan en pays berbère, pendant plus de deux siècles, avant l’an -1000, a fort bien pu occasionner des influences chorégraphiques réciproques, entre ces deux peuples qui se sont avérés passionnés de danses en cercle !

N’oublions pas enfin que darbouka, bendir et ghaïta rappellent des instruments similaires en usage au Moyen-Orient et dans les Balkans depuis fort longtemps, tel l’ancêtre de la darbouka qui daterait de 1100 avant Jésus-Christ ! …..Alors ???

 

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                                             Parée pour l'ahidous!

                          

                            

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